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4
sur 5

On y entre curieux et l’on en sort transformé. On est peut-être passé à côté d’un premier album pourtant remarqué (Antonia e altre canzoni, enregistré en 1997 pour le même label), mais on ne pourra plus désormais ignorer le nom du pianiste milanais Antonio Zambrini, que l’on ajoute immédiatement à notre petit répertoire de ceux qui font la richesse du jazz italien d’aujourd’hui. Petit n’étant d’ailleurs pas le mot juste pour qualifier la liste des innombrables artistes de l’une des scènes européennes les plus vives ces dernières années.

Le titre de ce second album, enregistré en septembre 1999 avec les mêmes partenaires (Tito Mangialajo, contrebasse ; Carlo Virzi, batterie), est mieux qu’une simple déclaration d’intention : c’est une profession de foi. Les onze compositions originales, au travers desquelles perce clairement l’influence evansienne, séduisent irrésistiblement par une manière de douce mélancolie qui, sans verser dans la grandiloquence romantique d’un Brad Meldhau (dont on pourrait néanmoins le rapprocher à bien des égards), se mêle parfois d’une ironie piquante qui fait l’unicité de son propos. On retrouve dans cette musique d’une merveilleuse simplicité des accents impressionnistes (des couleurs debussystes), traditionnels (le pianiste ne cache pas son attirance pour les musiques du cinéma italien -Piovani, Carpi, Rota- ou méditerranéens et balkaniques (pour la variété des rythmes).

Le plus fascinant, toutefois, reste la qualité, la sincérité et la sensibilité de l’interprétation de Zambrini, sous les doigts duquel courent une magie et un art de la nuance incitant à l’abandon. En s’impliquant tout entier (et ses partenaires avec lui) dans chacune de ses phrases, il révèle un caractère introverti et une profondeur musicale lui permettant de façonner un univers qui lui appartient en propre. On pense au dernier Bill Evans, au rêve où nous a toujours plongé Steve Kuhn, ou encore à son aîné et compatriote Enrico Pieranunzi, autre figure majeure de la scène transalpine, mais on reste convaincu qu’au blind test, l’une ou l’autre des innombrables qualités de son jeu nous le rendront reconnaissable entre tous. Limpides, touchantes, mélancoliques et poétiques, ces formes simples (Forme simplici) sont autant de petites merveilles à découvrir sans tarder.