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sur 5

Le retour d’un vieux pionnier sur les scènes du monde. Antoine Moundanda, soixante-dix ans et des poussières, est l’un des premiers à avoir introduit un son de likembé dans la musique moderne congolaise, toutes rives confondues. Un instrument qu’il a appris à jouer aux côtés de son père, habile guérisseur qui usait du piano à deux pouces (comme on le surnomme aujourd’hui) pour apprivoiser le mal.

Salué par la profession lors de la dernière édition du Masa à Abidjan, le Likembé Géant, trio qu’il a formé en 59, signe ici un album épatant de virtuosité. Un rituel acoustique où la rumba pays, façon « Congo bars », ruisselle de plaisirs. Un pur moment d’histoire qui donne envie de rester éternellement collé à sa partenaire d’un soir sur certains titres. Un festival d’ambianceurs : les joyeux compères Kourand et Mahela sont aussi géniaux que le maître dans l’art de faire chanter les fines lamelles en métal ou bois de la petite caissette en bois… Avec les doigts. Des doigts agiles, rapides, alertes. Des doigts qui dansent sur l’instrument lui-même, avant d’entraîner les foules.

Le likembé redevient « instrument-miracle » sur des chansons qui nous parlent d’amitié, de solidarité, d’acculturation… sans oublier de nous raconter, et avec un brin d’humour inestimable, la condition faite aux artistes au Congo. Surtout lorsqu’ils prennent leur retraite, en ayant oublié d’aller dans le sens du Système en place. Après avoir rayonné dans les années 50, au point de détrôner l’African Jazz de Kabasélé un fameux 31 décembre 54, après s’être laissé concurrencer violemment par les formations électriques qui ont suivi, après avoir longtemps pris son mal en patience dans l’ombre du Ballet National Congolais et du Rocado Zulu Théâtre de Sony Labou Tansi, Antoine Moundada nous revient en beauté. En compagnie de son « likémbé géant » (de 9 à 22 lames chantantes sur son instrument au lieu du nombre habituel, c’est ce qui a donné le nom du groupe). Respects!