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4
sur 5

L’heure est aux « enfants de ». Et qu’importe si, hasard bio-génétique ou autre, les rejetons donnent dans la qualité, il est habituellement de mise de cracher illico sur une progéniture trop gâtée pour être honnête. La musique, cette grande histoire de famille, ne fait que rarement démentir la rumeur. Quelques exemples, glanés dans notre bon vieux terroir (l’agaçant M, fils et petit-fils des mièvres Chédid, Arthur H surpassant son père) donnent le ton : pas de règle précise à suivre dans le jugement critique (et dernier) concernant la musique des fil(le)s à papa/maman. Pour Anja Garbarek, pas de parenté trop lourde à porter. Qui, encore, dans le public et même la presse musicale de l’inculte, se souvient de Jan Garbarek, jazzman éthéré portant à bout de trompette le son ouateux de toute une génération electro-jazz sur le label ECM ?

Le « son » Garbarek, reconnaissable d’emblée, n’a pas laissé une trace indélébile dans le cheminement historique du mariage consommé du jazz et de l’électronique. Anja, la fille, arrive donc avec un nom en guise de « reminder » alternatif. Mais c’est dans sa musique qu’Anja Garbarek définit tout son univers Sa voix plaintive, fragile, sur la corde, rappelle Robert Wyatt, présent en guest-friend sur un titre de l’album. La couleur de Smiling and waving rappelle obligatoirement un champs de référentiel riche en patrimoine : le rock de Canterbury, cet avatar éthéré et avant-gardiste de la pop anglaise (Hatfield & the North, Caravan, etc.), et le trip-hop de Portishead (la voix), de Björk (les arrangements) ou de Goldfrapp (la propension cinématique). La voie tracée par Anja Garbarek tient pourtant de la démarche personnelle et intime. Ici, les arrangements sont dépouillés sans être cliniques, les voix fantomatiques sans être déshumanisées. La musique, les mélodies, tout concourt à créer une atmosphère de calme sérénité, dans un croisement peu audacieux mais extrêmement séduisant entre jazz électronique, drones minimalistes et tendances électroniques gentiment avant-gardistes. Et si, effectivement, les révolutions ne sont sûrement pas à chercher dans cet album, le propos exemplaire qui y est servi, agrémenté d’une production hors-pair, le propulse dans le rang de ces disques esthètes jusqu’au bout de leur démarche, même si finalement très easy-listening. Une beauté tranquille.