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4
sur 5

D’une adolescence peu propice à l’évasion, passée à Versailles, à la sortie de cet album, le chemin parcouru par les membres de Air suscite l’émerveillement. Passés les Premiers symptômes – maxi regroupant les simples parus les mois précédents et bricolés pour la plupart avec un matériel peu adapté à leurs ambitions musicales, c’est-à-dire créer un son « ambient » extrêmement vivant -, ce duo multi-instrumentiste français s’apprête à accéder à une renommée internationale avec le bien nommé Moon safari.

Disque patchwork, bien que reflétant au fil des écoutes une véritable unité ; disque aux climats en apesanteur, ponctué d’effets harmonieux diffusés par l’utilisation judicieuse de claviers MiniMoog, ces dix titres conjuguent passé (nombreuses sont les références qu’ils se sont appropriées : Beatles, Beach Boys, Bowie, Kraftwerk, Polnareff, John Barry ou Ennio Morricone pour ne citer qu’eux) et futur (l’emploi discret de machines dont les sons extirpés n’avaient jamais visités ces chemins de traverse) avec un naturel déconcertant.

Du glamour Sexy boy, chanté à grand renfort de voix vocodées, angéliques, à Remember, composé avec la complicité de Jean-Jacques Perrey, pionnier méconnu de la « space music », en passant par All I need et You make it easy, sur lesquels Beth Hirsch prête sa voix caressante, chacun de ces morceaux constitue une petite odyssée aérienne. Convoquant des images flottantes, d’une lenteur prenant à contre-pied notre époque, les plages instrumentales, sensuelles, baignées de cordes orchestrées par David Whitaker, deviennent tout aussi rapidement entêtantes.

Avec Moon safari, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel signent donc un album pop d’une nouvelle ère. Fleurtant parfois avec le charme désuet du kitsch, il ne manque ni d’imagination ni d’humour. Non pas un brasier (les expérimentations plus radicales seront sans doute pour plus tard), mais un foyer qui n’est pas prêt de s’éteindre et qu’on aura du mal à oublier.