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3
sur 5

Remarqué par son Kill’em all sur le Def Jux presents EP l’année dernière, Aesop Rock, Mc originaire de Long Island, sort aujourd’hui ce Labor days, second LP publié par Def Jux depuis que le label s’est affilié à Ozone Rds. On attendait ce disque avec une certaine curiosité.

Il faut dire qu’il y a bien longtemps qu’un label hip-hop n’avait bénéficié d’un tel buzz. Le début synthétique façon Warm leatherette de Labor, le premier morceau, trompe quelque peu l’auditeur, comme le prouve la suite : les beats se font moins dissonants, le flow moins crissant, bref, on respire. Ce qui ne veut pas dire que l’univers d’Aesop Rock soit franchement happy (on n’est pas chez Akinyele, quand même) : la plupart des morceaux sont lents, teintés de cordes et de basses ronflantes, parcourus de beats hachés. Sur ces ambiances mélancoliques, vaguement lancinantes, Aesop Rock pose ses rimes décrivant l’ennui morne du salariat, des « Labor days », pour reprendre le titre de l’album, avec sa voix grave et éraillée, entre Everlast et Lateef & Lyrics Born de Latyrx. On pense d’ailleurs beaucoup aux productions Solesides à mesure que le disque progresse, Aesop Rock affectionnant également ces refrains fredonnés caractéristiques du Quannum Collective (c’est particulièrement net sur Boombox).

Le tout ressemble à une succession de scènes extraites de films à suspense coupées à chaque fois avant le climax final (en gros, le genre de musique qui accompagne le héros lorsqu’il suit silencieusement le méchant et risque à tout moment de se faire découvrir). Ainsi, ces morceaux évoquent surtout le John Carpenter des B.O. de Escape from NY ou Halloween (9-5ers anthem, et son intro en forme de mélodie simplette pour film d’horreur), Sergio Leone (la mélopée de Flashflood), voire même le Henry Mancini de Touch of evil (pour les percussions exotica de Battery).

Alors évidemment, Aesop Rock ne sera sans doute pas le Sauveur du hip-hop underground (la place est déjà prise, de toutes façons, par Madlib). Mais, même s’il n’est pas aussi puissant que le Cold vein de Cannibal Ox, cet album confirme la réputation de rigueur de Def Jux, en attendant un prochain El-P.