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3
sur 5

1981. Le jeune Acey traîne ses guêtres dans South Central, quartier atrophié d’un L.A. en proie à la guerre des gangs et aux ghetto-blasters. Passionné de musique soul, il débute sa jeune carrière de rappeur à coups de freestyles et de battes de base-ball, aux côtés du vétéran T.Spoon.
2001. Vingt ans plus tard, Acey est devenu l’une des figures angulaires de la West Coast « parallèle » (Tha Alkaholics, Defari, Lootpack, The Barber Shop Emcees…). Et c’est cette scène californienne -dont on parle beaucoup outre-Atlantique- qui fait constamment la nique aux beaux parleurs en carton à la Eminem et autres Snoop, produits de la West Coast « commerciale ». Ancien membre du collectif Freestyle Fellowship (auteur du notoire Inner city griot, que l’on pourrait aisément comparer au Bizarre ride II des Pharcyde), Aceyalone a été très remarqué aux Etats-Unis dès son premier EP (All balls don’t bounce), pur concentré hip-hop. MC travailleur et rusé, ce dialecticien émérite s’est fait un nom à force de musarder avec Mad Lib (Quasimoto), le Likwit Krew, et surtout, les Dilated Peoples. Fidèle acolyte de DJ Babu, il officie sur une des bombes les plus percutantes de The Platform, l’album des Dilated (le mirifique The Shape of things to come). Toujours dans les bons plans, il collabore également à la déjà mémorable compilation Defender of the underworld, produite par Mad Child pour le compte de Battle Axe Records.

Malgré ce CV chatoyant, Aceyalone a eu du mal à trouver un label pour son troisième opus. Dans cette jungle qu’est le rap US, il n’est pas vraiment conseillé de s’écarter du circuit trop longtemps. La roue tourne et les platines avec. Le passé ne compte pas pour la plupart des majors mais le temps passe, et les MCs aussi. Il faut dire que le flow a coulé sous les ponts depuis son premier LP, The Book of human language… Lassé d’attendre qu’on lui tende le micro, Aceyalone a donc sorti ses derniers enregistrements sur son propre label : Project Blowed Recordings Et dès la première écoute, ça sent le mauvais plan. Accepted eclectic, qui contient pourtant de très bonnes vibrations, possède un goût de déjà vu, un arrière-goût de rap suranné. Certains morceaux datent de 1998 et pèchent vraiment par leur côté « old school ». Le premier titre (Rappers rappers), pourvu d’une petite boucle de piano et d’un beat binaire hypnotique se trouve déjà sur la compil’ Strength mag 98… On notera également que son I got to have it too reprend note pour note, et beat pour beat, le I got to have it de ED O.G. & The Bulldogs. Tout ça est très efficace pour ceux qui ne connaissent pas, mais barbant pour les autres…

Néanmoins, ces failles n’empêchent pas Aceyalone de balancer toujours aussi habilement son phrasé millimétré. De temps à autre, ses paroles « coups de poing » réussissent à surprendre l’assemblée avec panache. Ainsi, Microphones (featuring P.E.A.C.E.) laisse entrevoir son style hors normes, avec des textes qui flottent impeccablement sur des rythmiques carrées et des samples accrocheurs. Sur B-Boy/Real Mc Coy, petit joyau expérimental aux harmonies electro, il parvient à scander ses mots d’une façon terrible, appuyé par le featuring du diabolique Abstract Rude (de l’écurie Ninja Tunes). Quant aux poèmes lyriques jazzy I never knew et I can’t complain, ils sont remplis d’émotion et de poésie urbaine, une des marques de fabrique du MC californien. Pas mal de bonnes choses, certes, mais ce n’est pas suffisant et surtout pas très prestigieux pour un lascar de la trempe de Monsieur Aceyalone.

Accepted eclectic aurait pu être un album excellent, si seulement la prod avait été entièrement ou majoritairement prise en charge par les poids lourds de la West Coast que sont Evidence (Dilated Peoples) et Joey Chavez (ABB Recordings). Ici, ceux-ci ne s’occupent que d’une poignée de morceaux. Un album bancal, donc, qui laisse à penser que le b-boy des bas quartiers de Los Angeles s’est peut-être un peu trop vite endormi sur ses lauriers, ou n’a tout simplement pas vu le temps passer.