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3
sur 5

La bonne surprise de cette rentrée vient du passé : 1998, date de l’enregistrement de Buggin’out, premier album du quatuor californien de 10 Cents. A l’époque, le groupe de Silverlake (Californie) sort confidentiellement un single qui tombe dans l’oreille des Dust Brothers. Puis tout s’enchaîne, les manitous de la manette signent derechef 10 Cents sur leur label Ideal Records et produisent l’album dans la foulée, après ceux de Money Mark, Beck et Beastie Boys -excusez du peu. Bien accueilli (printemps 99) aux Etats-Unis, il mettra quand même un an pour parvenir en Europe. Cela dit, on ne va pas bouder notre plaisir devant cette injustice. Le cool n’a pas d’âge.

Certes l’ombre de Beck, période Odelay, plane de façon violente sur certains morceaux de Buggin’out (Me et Red rubber ball). Mais peu importe, mettons ce mimétisme pertinent sur le compte de la patte des Dust Brothers, définitivement en place dans l’art d’estampiller leurs productions. Car sans conteste, le reste de l’album charrie de belles surprises en brassant à merveille pop, rap, musique orientale (avec l’adjonction heureuse d’un sitar) ou musique européenne (le court sample velouté des violons de Melody Nelson sur Blow it up’yall, une « grooverie » que ne renierait pas De La Soul).
Dans ce festival permanent, des beats élastiques saupoudrent avec gourmandise le psychédélisme baggy de Bubble bath, tandis que Think different ou Clean skin se révèlent d’excellents morceaux electro. Ce petit joyau procure d’autorité un plaisir absolu.

Buggin’out ne révolutionnera pas l’histoire musicale de la décennie. Il apporte en tout cas une satisfaction identique à celle de l’écoute de Money Mark ou des Fun Lovin’Criminal, autres fumistes talentueux du même acabit. Sur cet album, la vie semble belle, sans prise de tête. Tout juste si Buggin’out ne risque pas de se retrouver dans les short-lists des coffee shops d’Amsterdam. Jouissif et joliment branleur. Sans plus.