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Tempête de lœss sur Pékin, plus âme qui vive dans les rues. La capitale chinoise que décrit Xu Zechen ressemble fort à celle des JT les jours de pic de pollutions. Une ville brumeuse, tentaculaire, impersonnelle, en chantier, un hybride en transformation. Pour animer ce monstre, Xu Zechen campe une galerie de personnages dont aucun n’a encore trente ans. Dun Huang sort de prison après une condamnation pour trafic de faux papiers. Son ami et mentor, BaoDing, reste derrière les barreaux. Dun Huang est chargé de retrouver la petite amie de ce dernier, dont il ne connaît que le nom et la chute de reins ; il aimerait bien aussi payer la caution de Bao Ding et reprendre une vie décente. Et comme à Pékin, tout le monde court après l’argent et que les trafics fleurissent à tous les coins de rue, fini les faux papiers. Qu’à cela ne tienne : Dun Huang rencontre Xia et se lance dans la vente de DVD pirates. Les pornos, en prime : c’est ce qui rapporte le plus…

Pékin Pirate se lit comme une succession de scénettes qui ouvrent sur cette vie de débrouille où se trouvent piégés les naïfs venus à la ville chercher une vie meilleure. Les étudiants s’entassent dans des chambrées insalubres ; les vendeuses à la sauvette exhibent leurs bébés pour éviter de se faire arrêter par des policiers corrompus ; Grande Sœur Xia rêve de rentrer chez elle ; QiBao se prostitue. Dun Huang, accroché à sa cigarette, parvient à se faire une culture cinématographique, attaque la course à pied, fait parfois de jolies rencontres. Dans ce Pékin grouillant, gris, triste, gangréné par la corruption, on boit, beaucoup, et on vivote entre deux trafics, deux arrestations, deux appartements, deux combines supposées améliorer le quotidien. Loin d’un quelconque idéal, le Pékin de Xu Zechen est un monde de débrouille où se perdent les illusions, une capitale qui engloutit ses habitants.

Traduit du chinois par Hélène Arthus.