Sur la quatrième de couverture, Bret Easton Ellis en personne parle de L’Infortunée comme d’un roman « à adorer, mais surtout, sans le dire ». A l’origine, c’était une chanson composée par Wesley Stace sous son nom de musicien, John Wesley Harding. Il souhaitait la faire vivre autrement, sous la forme d’un roman. Voici donc Misfortune. Lignée : victorienne. Thématique : un mélange hétéroclite où l’amour tient une place centrale (la famille Loveall vit à Love Hall et répond au blason Amor vincit omni : ça ne s’invente pas), sans oublier le mythe (celui d’Hermaphrodite), la chanson de rue, la quête des origines, l’intolérance, un peu d’inceste, de meurtre et de religieux, voire de l’humour. Tout, en un mot, mais pas dans n’importe quel ordre… L’histoire commence en 1802 dans une décharge du nord de Londres. Un orphelin y est abandonné par un dénommé Pharaoh ; un chien errant l’abrite dans sa gueule. Une voiture surgit ; Lord Loveall en descend, prend l’enfant et l’emporte dans ses bras. Il vient de décider d’en faire son héritière, en mémoire de soeur, décédée alors qu’il était enfant. Problème : l’orphelin n’est pas une fille, c’est un garçon… Mais la folie de son père adoptif et la complaisance de son entourage vont le transformer en Rose, descendante prétendument directe de la lignée Loveall. La fillette grandit, entourée et choyée. Une seule contrainte, sans cesse répétée par sa mère adoptive (Anonyma, bibliothécaire du domaine) : ne pas se déshabiller en public et ne laisser personne l’approcher. Rose est elle-même persuadée d’être une fille, malgré les différences qu’elle remarque lorsqu’elle regarde sa cousine : pilosité, pomme d’Adam, voix défaillante…

Nul ne devine rien jusqu’au jour où Rose se trouve brutalement confrontée à la réalité : un choc qui la plonge dans des troubles identitaires et sexuels sans fin, provoque la mort de son père adoptif et la ruée des autres membres de la famille sur sa fortune. L’histoire continue entre déambulations exotiques et misères dickensiennes : voyage initiatique, quête des origines, retour sur le passé, construction d’une identité… Et le texte vire au vaudeville : Stace en fait des tonnes dans le pastiche et la redondance, prouvant s’il était besoin que le mieux est ennemi du bien. On se voit marcher derrière une Marquise des Anges qui refuserait de livrer la clef de son histoire avec le sentiment de ne jamais arriver à la fin du récit. Comme dans un conte, le romancier plombe son texte avec des coïncidences grotesques. À chaque fois, la même inquiétude surgit : va-t-il le faire, osera-t-il ? Et Stace fait, ose et recommence à la page suivante. Le roman sombre dans le pseudo-pastiche victorien, bourré d’idées mais illisible. Un exercice de style à oublier.

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