La rentrée littéraire de septembre continue ! Mais qu’elle se méfie, la rentrée littéraire de janvier s’annonce déjà. Dernières nouvelles.

La rentrée de septembre bat encore son plein que, déjà, on commence d’évoquer celle de janvier. Il faut s’attendre, en effet, à un événement : le retour d’Edouard Louis, l’auteur du fameux Eddy Bellegueule. Livres hebdo, annonçant la chose le 25 septembre, titre : « Le retour d’Eddy Bellegueule ». Aussitôt, le jeune auteur réagit sur Tweeter, prouvant une fois de plus ce qu’on avait déjà compris : qu’il n’a vraiment, mais alors vraiment aucun sens de l’humour ou du second degré. L’échange de tweets, édifiant, est à lire un peu partout sur le web, notamment ici. Une chose est sûre, avec Edouard, on n’a pas fini de rire !

Espace public, m’entends-tu ?
D’ailleurs, on rit dès à présent, sans avoir à attendre le nouveau roman, ni les interviews qui l’accompagneront. Avec son compère Geoffroy de Lagasnerie, brillant philosophe en compagnie duquel il avait déclenché l’opération anti-Gauchet avant les « Rendez-vous de l’histoire » à Blois, en 2014 (à ce sujet, rétablissons une vérité : Louis et Lagasnerie n’ont jamais appelé le public à boycotter cette manifestation en raison de la présence de Gauchet, ils ont juste indiqué qu’ils ne s’y rendraient pas – ils disent suffisamment de vraies couillonneries pour qu’on ne leur en impute pas de fausses), il signe dans Le Monde et sur les blogs de Médiapart un passionnant article intitulé, avec la modestie qui les caractérise : « Manifeste pour une contre-offensive intellectuelle et politique ». Rien que ça ! Intellectuelle, on ne sait pas, mais politique, c’est sûr. Au programme, les couplets convenus sur la « circulation sans cesse accrue, dans l’espace public, de discours toujours plus proches de ceux de l’extrême droite » (subtil regard sur les mouvements en cours : ça s’accroît « sans cesse », c’est toujours « plus proche », asymptotiquement), sur une « offensive » actuelle pour « imposer les pulsions les plus mauvaises dans l’espace public » (ah, les pulsions ; la pulsion d’éviter les répétitions, elle – « espace public » –, ne tenaille pas notre écrivain), etc. Après quoi, ils nous font une « archéologie du silence » des intellectuels : foucaldien un jour, foucaldien toujours, tics de langage compris. A propos de tics, voici les problématiques « nauséabondes », qu’on attendait ; « l’espace public », une troisième fois (« Cette aimantation d’une grande partie de l’espace médiatico-intellectuel autour de problématiques nauséabondes conduit nombre d’entre nous à ne plus se reconnaitre dans les termes prescrits, et donc à fuir l’espace public ») ; et les champs (bourdieusien un jour, bourdieusien toujours) : « Il y a une responsabilité des logiques internes aux champs littéraires ou savants »… Allez, fais cette tête, Edouard, tu vois bien qu’on t’asticote pour rire. Rire, tu sais ?

Roegiers rougit
On pensait être les seuls dans l’univers à n’avoir pas trouvé grand intérêt au roman de Patrick Roegiers, L’autre Simenon (ce qui n’empêche pas qu’on ait bien aimé, jadis, d’autres livres du même, voyez nos archives), célébré partout. Mais ça y est, des langues se délient. Non pas du côté des critiques, mais plutôt côté des simenoniens émérites, qui s’émeuvent que Roegiers, apparemment, raconte n’importe quoi sur le grand Georges. Jean-Baptiste Baronian chez Causeur et Pierre Assouline dans le Magazine littéraire et sur son blog sortent les armes.

Prix
Il n’y a pas que des sélections qui tombent : des prix, aussi. Le Sade, par exemple,  va à Jean-Noël Orengo pour son énorme Fleur du capital (grosse ambition, pavé qui tourne en rond) et Audrée Wilhelmy pour Les sangs, relecture québeco-SM de Barbe-Bleue, joliment écrite.

Libraires
Interrogés par Livres Hebdo, les libraires ont voté, et établi une sorte de sélection de rentrée. Las ! On aurait espéré qu’elle nous change du top 10 journalistique, qu’ils aillent voir du côté des seconds couteaux, des inconnus et des oubliés, mais non : c’est quasiment la même que celle qu’on trouve au sommaire de toute la presse depuis un mois. Delphine de Vigan, Thomas Reverdy, Sorj Chalandon… et même Nothomb et Angot ! Argh. On ne peut faire confiance à personne, décidément. Côté étranger, ils trouvent le moyen de caser Martin Amis !

Prix, suite
A-t-on parlé du prix Jean-Freustié, dans ces pages ? On s’y perd, avec toutes ces récompenses. Si non, sachez qu’il retient sept titres, un peu hors des senties battus (Hédi Kaddour, Pierre Ducrozet, Philippe Lacoche, etc.) Quant au prix de la page 111, qui existe bel et bien, nous ne commenterons pas sa sélection de 6 titres, déçus qu’elle n’en comprenne pas 111, car il faut être logique, dans la vie.

Et le Virilo ?
L’an dernier, ces farceurs à moustaches n’ont pas décerné de prix. On les soupçonnait d’être au bord de la retraite. Hélas, ça se vérifie : rien sur leur site internet depuis le 15 juin. Dans leur manifeste de non-remise, ils réclamaient « la libération immédiate des trois bons écrivains encore retenus en otage chez Grasset : Sorj Chalandon, Amin Maalouf, sans oublier Sorj Chalandon ». Chalandon est toujours chez Grasset, mais il publie cette année. Alors ?

À suivre…