Prix Akutagawa 2001 (l’équivalent japonais du Goncourt, véritable booster des ventes), ce court roman est l’œuvre d’un moine zen ; il dirige le temple Fukujuki de la secte Rinzai Myoshinji, branche reconnue du bouddhisme zen. Sans surprise, ce petit opus s’offre donc comme un concentré de spiritualité. On pourrait presque s’y laisser prendre, tant l’atmosphère de ce temple perdu dans les montagnes, loin de tout, semble propice à la méditation. Mais finalement, ce qui se voudrait un subtil mélange de réflexions sur la vie, la mort, le temps, de croyance, d’expérience, ne prend pas vraiment ; le récit se délite, les personnages restent lointains. Sans doute parce que Sôkyû Genyû vise plus à écrire un abrégé de traité philosophique qu’un roman, ce qui débouche très vite sur une enfilade de clichés du zen made in Japan à quoi ne manquent que les cerisiers en fleur aux premiers jours du printemps.

Difficile de s’accrocher à quoi que ce soit dans ce récit qui met en scène le moine en charge de son temple perdu et son épouse Keiko, citadine retirée sans l’avoir réellement voulu. Le roman commence avec la mort de la voyante Madame Ume par elle-même ; il se conclut avec son entrée dans le royaume de Bouddha. Dans l’intervalle, on assiste à certaines manifestations d’ombres et d’esprits sans repos, et on réfléchit au passage à la mort, à l’oubli, au pardon, à l’absence. Le tout sans conviction, tant notre moine semble lui-même éthéré, lointain, incapable même d’observer réellement sa femme qui, dans une pièce à l’arrière du temple, tresse interminablement des nattes de papiers colorés, offrande à son enfant perdu plusieurs années auparavant. Certes, la disparition de Madame Ume sera prétexte à un hommage à l’enfant jamais né, à sa mémoire, à son repos enfin trouvé ; certes, on peut concéder à Sôkyû Genyû quelques jolis passages. Mais notre bonze écrivain ne parvient pas ni à faire réfléchir, ni même à distraire.

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