Nous sommes en 1936, la guerre commence à se dessiner. Une riche famille a décidé de s’installer dans la réserve, près du lac des Adirondacks, Etat de New York. Vanessa Cole vient de tuer son père, sans le savoir : ses caprices et ses comportements extrêmes ont dépassé le stade du supportable, au point de convaincre sa mère de l’envoyer dans un institut psychiatrique en Suisse pour se protéger d’elle et la protéger elle-même. Mais Vanessa n’entend pas les choses ainsi : plutôt que de se laisser emprisonner, c’est sa propre mère qu’elle ligotera et bâillonnera au fond de sa chambre…

Cette histoire qui peut sembler s’ouvrir au suspense chemine en fait tranquillement jusqu’à la fin du livre, à travers la nature luxuriante de la réserve. Il n’y a aucune surprise dans cette narration, dont on attendait pourtant bien des retournements. Non, rien ; quelques incidents, certes, mais à la violence enfouie. Le lecteur est transporté dans de longues descriptions qui frôlent l’action et le suspense sans les atteindre. Peut-être est-ce délibéré, peut-être Banks a-t-il voulu souligner une violence latente, sous-jacente, à l’image de celle qui se prépare dans le monde. D’ailleurs, qu’il y ait ici et là quelques pages sur la guerre imminente n’est certainement pas fortuit ; ce va-et-vient histoire personnelle et grande Histoire pourrait se présenter comme un jeu de miroirs ayant pour dessein de montrer une harmonie trompeuse, , annonciatrice de l’horreur qui se profile au loin.

La Réserve est-il un bon roman ? Verdict difficile. Sa lecture laisse frustré, déçu de ne pas avoir été saisi par le feu d’un vrai récit. Certes, la belle langue précise et ciselée de Banks n’a rien perdu de son charme, mais elle n’empêche pas l’ennui. On peine à croire aux personnages, un brin caricaturaux : Vanessa Cole, l’enfant gâtée, riche et à moitié folle, n’émeut guère ; quant à Jordan Groves, l’artiste « coureur de jupons », il laisse le cœur froid. Restent le talent et la maîtrise de l’auteur d’American darling, indéniables, sensibles partout. Dommage que la narration et les personnages n’aient pas été mieux travaillés…

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