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2
sur 5

Confiant en toute confiance…
Interrogatoire après interrogatoire, l’inspecteur Dorval enquête sur un crime crapuleux : Mama Josépha a fait sa dernière bringue chez elle, dans son immeuble de Belleville. Le lendemain, son corps est retrouvé dans la cour, « entre les deux poubelles débordantes de bouffe annamite (…) et la carcasse d’une 350 cm3 volée ». Ces interrogatoires, loufoques et désopilants, débordent largement des nécessités de l’intrigue pour devenir le lieu d’expression d’une parole en deçà de la fracture sociale.
La Dernière Java de Mama Josépha ressemble à s’y méprendre à un polar. Tous les ingrédients y sont : un meurtre, des suspects et un inspecteur affublé d’un coéquipier à la Colombo. Pourtant la forme ne suffit pas à défendre le genre. Raphaël Confiant n’est pas à une transgression près. Son polar a des allures de grand Guignol. Première entorse à la règle : l’auteur méprise les exigences du vraisemblable. Contrairement à ce que nous suggère la quatrième de couverture, les interrogatoires de l’inspecteur Dorval sont plus farfelus que serrés. A force de foncer dans ses suspects à coup de « c’est bon, signe là, ça vaut mieux pour toi, je savais depuis le début que c’était toi qui a fait le coup, espèce de salaud ! », l’inspecteur passe pour un bouffon. Deuxième entorse à la règle : l’inspecteur n’a pas obtenu le rôle principal.

Le meurtre de Mama Josépha est un prétexte pour nous faire glisser dans un Belleville multiracial teinté de surréalisme. Paraît que son chien a été tué et revendu sous forme de nems, mais au fait, qui peut affirmer que ce chien qui n’aboyait jamais et n’avait pas de poil n’était pas tout simplement un rat suralimenté ? Entraînée par un tempo impitoyable, La Dernière Java, n’évite pas les clichés. Les stéréotypes y forment une sorte d’écran derrière lequel les personnages manquent d’oxygène. Tous s’expriment dans une même langue, foisonnant d’idiotismes banlieusards, qui les distingue assez peu les uns des autres. Mais ça, c’est malheureusement le côté classique du genre.
Raphaël Confiant est un écrivain martiniquais qui s’est donné comme tâche la reconnaissance de l’identité antillaise par l’écriture. Il le fait avec brio. Il écrit avec une inventivité et une énergie réelles qui ne laissent aucun doute sur sa joie d’écrire. Au contraire, il nous la communique et on se dit en finissant ce livre qu’on a été en excellente compagnie…