Morwenna est un curieux petit objet littéraire (récompensé quand même par le Hugo et le Nebula), une histoire qui hésite, oscille, balance sans jamais choisir sa direction, entre fantasy, fantastique, apprentissage, l’ensemble offrant une réelle fraîcheur. Les quelques notes en exergue posent le cadre : il sera question à la fois d’amour des livres (« A toutes les bibliothèques du monde et aux bibliothécaires qui, jour après jour, prêtent des livres au public ») ; de traversée de l’adolescence (« N’importe quel âge, entre dix et vingt-cinq ans : ça va s’arranger. Sincèrement. Il y a vraiment quelque part des gens que tu apprécieras et qui t’apprécieront ») ; et de fées : « On entend souvent dire qu’il faut écrire sur ce qu’on connaît, mais je me suis rendue compte que c’était beaucoup plus difficile que d’inventer. C’est pourquoi vous constaterez qu’il n’existe pas de lieux tels que les vallées galloises, pas de charbon dans leur sous-sol ni de bus rouges qui les sillonnent ; il n’y a jamais eu d’année 1979, d’âge tel que quinze ans et de planète comme la Terre. Mais les fées sont bien réelles ».

Tout le texte est à l’avenant, direct, sans fioriture. La voix de Morwenna guide pas à pas à travers un univers familier dans lequel explosent des instants d’irréel. Les fées. Les sorcières. Les ombres. Les rituels. Au-delà, il y a la littérature, comme une porte de sortie, une bouée de sauvetage, un rite d’initiation et le texte propose une vraie bonne bibliographie (de 1979) d’introduction au fantastique. Jo Walton joue des contrastes. Morwenna, son héroïne, a perdu sa sœur jumelle dans un accident de voiture qui lui a laissé une jambe tordue et une canne à la main. Elle fuit sa mère, redoutable sorcière pense-t-elle, et, faute d’autre famille disponible, se retrouve à quinze ans chez un père qu’elle n’a jamais vu. Ce dernier la prend en charge en l’envoyant rapidement dans un chic et classique pensionnat anglais. Folklore gallois, rigueur anglaise. Les fées se font plus rares, leur langage plus succinct.

Morwenna étudie (tout, sauf les maths), lit, fréquente le club de livres de SF le mardi soir, tombe amoureuse. Mais elle doit toujours libérer un passage pour l’esprit de sa sœur, vaincre sa mère, se méfier de la magie de karass. La fantasy selon Walton est un univers original, grâce notamment au naturel et au franc-parler de Morwenna, qui passe entre deux mondes sans hésitation, et pour cause : elle les connaît depuis toujours… Et peu importent les sceptiques : « Ceci n’est pas une belle histoire, et ce n’est pas une histoire facile. Mais c’est une histoire qui parle de fées, donc sentez-vous libres de penser que c’est un conte de fées. De toute façon, vous n’y croyez pas ».

 

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