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sur 5

Née de la crise industrielle et du refus de l’esprit moderne, la réhabilitation a pris depuis les années 70 une ampleur étonnante. Au delà de la « dictature de la sauvegarde », ce livre montre que la réhabilitation introduit une architecture nouvelle dans la ville traditionnelle, et constitue souvent l’occasion de recomposer autour d’une valeur reconnue. Le projet de musée de Carlo Scarpa (Vérone, 1964) est la figure emblématique de cette approche radicale de la transformation. Cette rencontre réussie entre patrimoine et intervention contemporaine fera école jusqu’à nos jours comme l’illustre la très belle sélection de références effectuée par Kenneth Powell. On regrettera cependant que ce superbe catalogue ne questionne pas plus le sens et la portée du « musée transformé » qui a tant marqué ces deux dernières décennies. Le commentaire aurait gagné à montrer que l’adaptation d’anciens bâtiments à de nouvelles activités tend à réduire l’intervention contemporaine à un essaimage de codes et de fonctionnalités. D’une certaine manière, cette célébration du patrimoine dresse involontairement le portrait d’une conscience culturelle collective réticente face à ses propres créations. Toutefois, l’auteur a su mettre en valeur les réalisations dans lesquelles les architectes ont délibérément transgressé les anciennes règles pour marquer leur intervention. Le projet de Van Egeraart y est exemplaire : amplifiant volontairement le « conflit de génération », l’architecture conservée n’y est qu’une structure d’accueil pour sa propre création. Sans être une référence critique, cet ouvrage destiné à un large public salue toutes les architectures, dont certaines très singulières et peu médiatisées, et prouve que la réhabilitation dépasse la gestion du patrimoine pour rejoindre l’invention du contemporain.