Représentante très en vue de la jeune garde des lettres allemandes, Juli Zeh offre avec L’Ultime question un thriller sympathique mixant allègrement Whodunit et physique quantique, un texte habile et ludique sur fond de paradoxes temporels, de querelle sur l’existence des mondes multiples et autres grandes questions métaphysiques. Mais que les choses soient claires : nous sommes loin ici de la fiction spéculative hardcore, et tout est surtout prétexte à la mise en place d’un suspense ingénieux et captivant. Un divertissement subtil, donc, qui séduira davantage que ses deux précédents romans traduits (L’Aigle et l’Ange en 2001 et La Fille sans qualités en 2007), parfois un peu lourdingues dans leurs prétentions à la critique politique et sociale. L’Ultime question est moins ambitieux mais plus fun et, au bout du compte, plus malin.

L’intrigue, forcément un peu tordue, se laisse difficilement résumer : disons, pour faire simple, que l’on y croise un commissaire féru de physique quantique, un assassin prétendant venir du futur et avoir commis ses crimes pour prouver l’existence de « multivers », et deux physiciens, amis de longue date, polémiquant précisément sur cette thèse de la multiplicité des mondes, tout ceci se nouant autour d’un crime et d’un enlèvement mystérieux. Certes, on pourra être un peu perdu au premier abord, mais globalement le texte tient bien la route, avec ce qu’il faut d’habilité dans la construction et dans le style pour éviter de sombrer dans le confusionnisme et la quincaillerie pseudo-scientifique. Cela donne un polar décalé, dans lequel on peut lire des phrases comme celle-ci : « C’est ainsi, commissaire, que la question de l’existence de Dieu se résume à un problème de statistiques ». Les ambitions conceptuelles de Zeh restant modérées, on se trouve finalement plus proche de l’ambiance d’un polar nordique à la Indridason ou Mankell que d’un délire spéculatif façon Dick ou Silverberg. Mais peu importe finalement, car le tout fonctionne bien.

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