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2
sur 5

Le microcosme littéraire français a eu droit il n’y a pas si longtemps à une tentative de décloisonnement et de dynamitage des genres impulsée par des auteurs comme Houellebecq ou Dantec ; certains ont crié au génie, d’autres à la fumisterie la plus nauséeuse. La publication de tels écrits trans-genres a coïncidé avec l’apparition de nouvelles thématiques, pleinement contextuelles. Au premier rang de celles-ci, l’intrusion presque obligatoire d’un soupçon de physique « quantique », de philosophie « rhizomique » et de génétique « chaotique ». Sans rattacher totalement l’auteur anglo-saxon Jonathan Lethem à ce fracas littéraire peu généralisé, on ne peut s’empêcher de tracer un parallèle au moins ténu entre ces nouvelles préoccupations d’auteurs français et le champs d’exploration présenté par Alice est montée sur la table.

Malheureusement, toute prétention dans le fond ou la forme s’arrête là. Pourtant publié chez un éditeur de choix (L’Olivier) et dans la bien nommée collection « Marges », ce roman longuet trouve sa particularité dans un enlisement pseudo-poétique aux limites du ridicule. Le centre narratif du livre laisse d’ailleurs présumer du caractère grégaire et définitivement non-marginal de la production de l’auteur : un sociologue spécialisé dans le monde de l’enseignement se trouve délaissé par sa compagne chercheuse en physique quantique, qui le quitte pour une brèche de « rien », un pur concept universitaire. Le loufoque, on l’aura vite compris, devrait donc être le principal intérêt de l’histoire. Bien loin d’être efficace, toute l’armada absurde et « nonsensique » mise en marche pour l’occasion se trouve coincée entre une volonté poétique de donner dans l’ellipse sans fin et l’espérance de créer une ambiance risible. L’auteur essaime de façon quasi grotesque ses volontés didactiques et ses parallèles métaphoriques qui filent de bout en bout du livre, sans aucune évolution. Tout à la fois « campus novel » (terme regroupant les écrits à tendance comique qui traitent de la vie universitaire) à la David Lodge et essai poussif sur l’absurdité de la relation amoureuse, le roman s’autodétruit dès les premières pages par son écriture néoromantique et son aspect décalé mal maîtrisé. Un texte sans brillance tournant dans un vide existentialiste ennuyeux et qui ne saurait plaire qu’aux plus fervents défenseurs de ces comédies universitaires à l’existence mort-née.