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4
sur 5

On ne le sait que trop. Les quatrièmes de couverture sont complaisantes. Aussi, lorsqu’on découvre celle de ce Jour de la colère de Dieu, et qu’on y lit qu’il va s’agir d’un « récit sans concession », on se dit qu’encore une fois, on va nous tromper. Et pourtant, cette fois-ci, on a tort. Ce récit ne concède rien. Il est difficile. On décroche souvent. Mais on tient, par défi, jusqu’à l’illumination finale.

Les faits rapportent que, le 3 décembre 1956, le curé d’Uruffe, une petite commune de Lorraine, assassina d’un coup de pistolet, à bout portant, sa jeune maîtresse, avant de se pencher sur le corps pour en extraire, au couteau, le corps d’un petit enfant arrivé à huit mois de gestation. C’est son fils, qu’il baptise avant de le poignarder. Condamné à la perpétuité, relâché après vingt-deux ans de bagne et de prison, il finira ses jours dans un monastère de Bretagne. Voilà tout. Des coupures de journaux, quelques ouvrages ont mentionné, en leur temps, le fait divers et lui ont donné des explications trop profanes pour satisfaire, cinquante ans après, Jean-François Colosimo, maître en théologie, investigateur obstiné qui crée là un héros qui lui ressemble. Parler de l’intrigue dans ce roman ne sonne pas très sérieux. Le problème est autre. Ontologique. Pourquoi, dans une même nature d’homme, ont coïncidé, à un moment donné, l’amateur de femmes, l’homicide, le blasphémateur et l’homme de Dieu ?

La tâche est rude. Le narrateur tâtonne, le lecteur s’accroche. Ce roman invente une méthode, appelée « sténographie », qui va tenter d’approcher, grâce à l’étude des textes bibliques, la vérité d’un crime incompréhensible. A la manière d’un puzzle d’une très grande complexité, le narrateur convoque les paraboles, l’interprétation frauduleuse et blasphématrice de ces paraboles, l’emploi du temps monastique du moine fautif, des vies de saints, ainsi qu’un personnage issu du passé, journaliste athée mais néanmoins hanté par Dieu, qui en son temps proposa une interprétation erronée du crime parce que trop profane. Le récit est à la première personne et il faut tenter de suivre, pas à pas, cette voix trop peu sûre d’elle-même pour asséner de simplistes vérités. Ce roman est un labyrinthe, une plongée dans les eaux troubles d’une conscience abîmée. Le projet est peut-être démesuré, orgueilleux à sa façon. Prêter vie à une création hybride entre polar théologique, enquête métaphysique, et réécriture biblique est un pari audacieux. Le lecteur en ressent les affres. Mais après tout qu’importe ? La facilité des mauvais livres ne satisfait pas celui qui cherche de vraies sensations littéraires, pas plus que la fausse difficulté de ceux qui pontifient et prennent de grands airs pour parler de sujets qu’ils font semblant de connaître. L’avantage de Colosimo, c’est qu’il sait de quoi il parle. D’accord, on ne lira pas ce livre sur la plage, entre deux coups d’œil lancés à une pin-up à gros seins qui vous met de l’huile solaire sur le dos. D’accord, le calme de la cellule monastique convient peut-être davantage à une telle lecture. Ca vous paraît ringard ? N’attendez pas d’être séniles pour devenir intelligents.