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Le livre de Jane Evelyn Atwood est infiniment plus qu’un recueil de photographies magnifiques et saisissantes. Il représente le résultat parfait d’une enquête de neuf années qui l’a conduite à photographier et interviewer des femmes incarcérées dans neuf pays et quarante prisons, maisons d’arrêt, centres de détention et pénitentiaires.
Les images, au-delà de ce qu’elles disent du regard de la photographe, jamais empreint de voyeurisme, toujours attentif à saisir dans sa crudité et sa sobriété la réalité de ces vies carcérales, témoignent d’une souffrance continue qu’analysent et éclairent les textes des entretiens. Il sera ici surtout question d’eux et de ce qu’ils disent des causes de cette souffrance.

Elle provient surtout des comportements -en majorité masculins- que ces femmes subissent depuis le moment du délit (89 % sont des délits non violents) jusqu’au quotidien de la prison, où « le règlement est conçu pour créer une distance émotionnelle entre les détenues et leur expérience carcérale ». Quel que soit le stade et quel que soit l’homme (trafiquant de drogue, mac ou gardien), la violence et la peur sont les armes des uns, l’humiliation et la souffrance le lot des autres. A aucun moment de leur vie, qu’il s’agisse du jugement (à délit identique, les peines des femmes sont plus longues que celles des hommes), de l’accouchement (20 % des femmes arrivent à la prison enceintes et y accouchent, souvent menottées ; la plupart sont séparées de force de leurs enfants juste après la naissance) ou de leur meurtre légal (sur la cinquantaine de femmes qui seront exécutées dans les mois ou années à venir aux Etats-Unis, plus de la moitié ont été condamnées pour avoir tué des hommes qui mettaient directement en danger leur vie ou celle de leurs enfants), ces détenues ne disposent ne serait-ce que de droits égaux à ceux des hommes.
Car la réalité de ces vies de femmes en prison révèle, de manière encore plus aiguë, la réalité plus vaste des conditions de jugement et de détention qui ont cours dans nos pays démocratiques et riches. Le système carcéral des Etats-Unis, qui séduit de plus en plus de pays européens (lire à ce sujet l’excellent essai de Loïc Wacquant, Les Prisons de la misère) est à cet égard révélateur de méthodes qui s’apparentent de plus en plus nettement à celles qui furent utilisées dans les camps de rééducation des régimes totalitaires.

Ce livre est dédié « à la mémoire de Corinne Hellis, âgée de vingt-sept ans, morte faute de soins dans une prison française à la suite d’une crise d’asthme. » Elle avait été condamnée pour « émission de chèques sans provision ».