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sur 5

En bon rejeton de la Gen X, l’univers de la sitcom a imposé son uniformisation normative à tout un pan de la fiction télévisuelle. Les années 80s, règne du dollar et du reaganisme à tout va, ont vite fait place au nettoyage par le vide, plus pragmatique, plus efficace. Rapidement, la création imagée s’est vu parasitée puis totalement absorbée par des productions non-désirantes, dépouillées, minimales mais diablement efficaces : ces comédies de situation sont soumises à une unité de temps, de lieu et d’espace. Bref du quasi-classique. Scénariste de quelques perles étiquetées AB Production, Hugues Royer tente de sortir la tête hors de l’eau trouble de ces années cheap et fric pour se lancer dans une parodie plus ou moins heureuse de ces sitcoms « à la française ».

Et c’est là où le bât blesse. En lieu et place de ses insouciants contemporains anglo-saxons, Royer prend le pari d’opter coûte que coûte pour une critique en mirror-effect de son ancien travail alimentaire. Soit la soirée peu passionnante d’un homme volage (Jérôme) qui découvre sa vie projetée à l’écran dans trois épisodes d’une série programmée ce soir-là. A trop vouloir en faire, Hugues Royer sombre dès le début du récit dans une vaine recherche d’un univers minimal et clinique, vide et déshumanisé. Car si la sitcom est avant tout un produit sous-culturel, elle est régie par une géodésie occulte qui la place au rang d’art à part entière. Des écrivains comme Ellis ou Coupland l’ont compris depuis longtemps en signant chacun de leur côté les plus belles sitcoms littéraires (Moins que Zéro, Les Lois de l’attraction, Generation X). Leur style, cassant, minimal en diable permettait au vide quasi-existentialiste de cette comédie de genre de pouvoir s’épancher. Chez Royer, le récit, pas assez radical dans son dépouillement, tourne vite à un remake fidèle du théâtre contemporain français. On pense à Xavier Durringer, petit auteur spécialisé dans des créations pour étudiants en lettre déboussolés par leur inextricable adolescence. Et l’histoire cocufiante de Marina, victime de l’e-mode, qui papillonne entre ses trois plans-baise du moment (Nanard le sportif, Laurent le brave gars, Thomas l’amant-artiste) tourne vite à la prise de tête « hype » pour poufiasse en devenir. On se lasse très vite de ces histoires pas assez creuses, et de ce rythme mal maîtrisé qui traverse le roman de bout en bout. Et ce ne sont pas les incursions narratives pendant la pub, centrées sur Jérôme, 34 ans, trois maîtresses et un plateau-repas sur les jambes, qui densifient un récit en plein tiraillement conceptuel. Posologie pour les nostalgiques des années Azoulay-Berda : un speedball Glamorama / Elisa, roman d’une vie.