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sur 5

Voltaire méprisait nos frères du Québec. C’est un tort. Il aurait raté le poète Emile Nelligan, dont on découvre, grâce à cette édition, l’œuvre en France. Cette justice est tardive, surtout si l’on songe au nombre de français (ils sont trop nombreux pour pouvoir les citer) qui ne méritent pas ce titre. Car c’est un métier terrible. Et dont les secrets sont bien gardés. On peut donc se réjouir de rencontrer ici une âme aussi fervente, hantée par la douleur, et qui n’exclue pas le désespoir : « Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?/Qu’est devenu mon cœur, navire déserté ?/Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve ! »

Avec ce recueil de Poésies complètes (on se reportera également au témoignage émouvant de son ami Louis Dantin en préface), nous accédons à une longue suite de tableaux, bien souvent mélancoliques, et écrits avec cette sorte d’énergie fatale qui n’appartient qu’aux grands. Plus que jamais, ses vers nous semblent nécessaires. Car avant qu’il ne pousse son exil très loin, jusqu’à la folie, Emile Nelligan fut ce témoin privilégier de la tragédie qu’il vécut. Longtemps, nous nous souviendrons de lui et de ses chants intimes et incomparables.