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Bon nombre des revues philosophiques veulent passer pour sérieuses. Elles s’y prennent par tous les moyens. Elles accumulent les textes incompréhensibles, prétendent dévoiler la nature humaine, s’intéressent aux grands sujets de société, et finalement n’entassent que des détails pour mieux se perdre, et le lecteur avec elles. En France, ces procédés sont épuisés. Il est temps que les « philosophes » regagnent l’agora.

La démarche de Philosopher (revue de langue française dont les cerveaux sont majoritairement québécois) est tout autre. Ses intervenants se méfient de la philosophie lyrique comme il nous arrive de la pratiquer dans notre république bananière. Nous sommes prévenus : « attention à l’émotion facile, donc dangereuse ». Cette prudence et cette crainte donnent généralement de bons résultats sur la pensée. Car elles finissent par poser, avec rigueur, les bonnes questions. C’est ce que j’ai cru comprendre en lisant, entre autres, les textes de Michel Paquette (Convenir rationnellement de normes : le concept d’équilibre réfléchi) et de Jean-Marie Therrien (La notion de « conflit moral » selon Bernard Williams). L’un traite de la responsabilité morale de l’individu (des principes aux pratiques), l’autre emprunte le chemin de la critique anti-kantienne : celle consistant à éradiquer l’arrogance de ceux qui élaborent des théories éthiques promulguées en valeurs universelles.

On abandonnera la lecture de Philosopher qu’arrivé au point final, mais après un passage difficile sur l’article consacré au film de Lars von Trier, Breaking the Waves. Difficile, car son auteur, Marie-Claire Lanctôt Bélanger excelle sans aucun doute dans sa matière (la psychanalyse), mais le programme proposé par Lars von Trier dans ce « film caillou » méritait un traitement moins ennuyeux. Je crois que c’est un défaut. Nul n’est parfait, il est vrai, aussi, en ces matières.