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Jean-Pierre Guéno, directeur des Editions et de la Commercialisation de Radio France, est à l’initiative de ce projet qui voit le jour en cette triste et ô combien nécessaire commémoration de la Grande guerre. Triste, parce qu’il est toujours douloureux de se retourner sur des périodes aussi dévastatrices de notre Histoire, et en même temps nécessaire car il nous revient, générations suivantes, de rendre hommage à ces hommes courageux, généreux, qui sont morts pour défendre leur pays. Mais la guerre est la même pour tous les peuples et cette réunion de témoignages est là pour nous le rappeler. Ce livre est un hommage aux huit millions de poilus français, mais aussi aux millions de soldats de la Grande guerre, d’où qu’ils viennent. Jean-Pierre Guéno insiste sur ce point et « sa sélection » atteste de cette volonté de montrer, à travers des témoignages allemands et français, que les tranchées, le champ de bataille, la faim, le froid, le massacre, sont ressentis de la même manière des deux côtés. On découvre des jeunes hommes mobilisés, fraîchement mariés, pères de famille, arrachés à leurs parents, et pour bon nombre d’entre eux, condamnés à mourir dans l’anonymat le plus complet. La seule présence d’une bouteille renversée indique bien souvent leur sépulture à quelques centimètres sous une terre qui bientôt sera balayée par un nouveau tir de mortier. On y découvre la solitude extrême, la peur au ventre, l’effroi devant le carnage des bombes, les dernières paroles des condamnés à mort pour abandon de poste (parce que leur seule chance d’y réchapper était de reculer d’une tranchée). On y découvre également le dévouement des médecins et des infirmières qui risquent leur vie sous les bombardements. La censure tranche dans les mots lorsque les langues se délient dans quelques lettres compromettantes pour les « hommes d’hémicycle » et les hauts gradés. La joie de recevoir un colis, une réponse de leur bien-aimée, est souvent un infime réconfort dans leur existence dénuée d’espoir.
Paroles de Poilus, c’est huit mille personnes qui ont répondu à l’appel de Radio France et qui, par le simple fait d’accepter de dévoiler une intimité, une cicatrice douloureuse pour certains, ont permis à nous lecteurs, de voir défiler sous nos yeux avec plus de 80 ans de décalage (pour une fois sans l’intervention d’historiens et de spécialistes, certes compétents en la matière et souvent éclairants par ailleurs), la réalité crue et sans artifice, ni médaille, de ce qu’ont vécu nos aïeux.