Si on établit un jour la liste des plus mauvais romans de Philippe Djian, il faudra penser à y inscrire Chéri-Chéri. Scénario : Denis, critique et écrivain fauché, la quarantaine, a une double vie. La nuit, il se travestit et pousse la chansonnette dans un cabaret. « Me produire sur scène chaque soir, apparaître en femme, être changé en femme, porter une combinaison de soie, une culotte de satin, une perruque, des bas, un soutien-gorge, me maquiller, porter des talons hauts, etc., entendez-moi bien, me procure un trouble plaisir, un plaisir profond, irremplaçable, mais je ne suis pas passé de l’autre côté pour l’instant ». C’est-à-dire qu’il reste hétéro ; d’ailleurs, il est marié. Mais précisément : ses beaux-parents emménagent dans l’appartement sous le sien, lequel, d’ailleurs, leur appartient. Or son beau-père est un abruti doublé d’une sorte de parrain local. Ce rustre tient l’écriture pour un passe-temps débile, le travestissement pour une perversion infâme, et les retards de loyer de Denis pour un scandale. Il décide donc de reprendre en main son crétin de gendre. Et lui impose de travailler pour lui…

Sur le papier, la découverte par les beaux-parents du métier caché de Denis pourrait donner une jolie scène. Pas de chance, Djian renonce à l’écrire : quand le roman commence, ils savent déjà tout. Ne reste donc qu’à tirer le fil d’une intrigue poussive, mélange de comédie mollassonne à la Danny de Vito et de roman noir qui ne s’assume pas. Du thème de l’androgynie, Djian ne fait rien. Le style est globalement calamiteux, avec des changements de temps – du passé simple au présent – incompréhensibles, des clichés par brouettes (« J’ai sombré comme une pierre dans le puits d’un sommeil sans rêve ») et quelques incorrections (« Les mots dont il la traite »). Chéri-Chéri ? Non-non, merci-merci.

A voir au Louvre, cela dit, du 27 novembre 2014 au 23 février 2015 : l’expo Voyages, proposée par Djian, dont le catalogue paraîtra chez Gallimard le 21 novembre. Avec des conférences par l’auteur à l’auditorium du Louvre, en compagnie d’invités, du 16 au 18 janvier 2015.

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