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Nauru, vous connaissez ? Cette petite île en Micronésie compte environ 10 000 habitants et mesure 21 km2. Colonie allemande à la fin du XIXe siècle, elle est passée dans les mains de l’Australie au XXe siècle, a été occupée par le Japon pendant la guerre puis a acquis son indépendance en 1968. C’est alors qu’elle connaît son miracle économique : grâce à l’exploitation du phosphate, dont les cours culminent dans les années 1970, Nauru passe du statut de territoire dominé à celui de pays riche, avec un niveau de vie supérieur à celui de bien des pays occidentaux et une aspiration prononcée à l’american way of life. Malheureusement, l’histoire finit mal ; l’épuisement du phosphate, combiné à des investissements hasardeux, conduisent l’île à la crise, au point qu’il faut recourir à des solutions douteuses (notamment l’accueil des réfugiés qu’a refusés l’Australie, et un procès intenté à celle-ci devant la justice internationale en compensation des dégâts environnementaux pendant la période coloniale). Le personnel politique, plus qu’ailleurs, compte pour beaucoup dans cette catastrophe.

Telle est l’histoire, parfaitement vraie, dont s’empare Aymeric Patricot (déjà connu pour plusieurs romans et pour son intéressante enquête sociologique, Les Petits blancs) dans ce roman qui raconte l’ascension d’un dirigeant de l’île, Willie, depuis son arrivée sur place dans les années 1930 jusqu’à la banqueroute des années 1990. Sujet captivant, qui charrie des thématiques lourdes (la décolonisation, l’attirance pour le train de vie occidental, la corruption des élites du Sud, l’environnement naturel ravagé par l’exploitation minière à outrance, etc.) Le résultat n’est cependant pas à la hauteur du sujet, le récit hésitant à choisir entre l’histoire intime (Willie, ses femmes, ses enfants) et l’histoire sociale (la déconfiture de Nauru), et semblant du coup chercher jusqu’au bout son véritable sujet.

Le titre même joue en sa défaveur, qui fait attendre l’histoire d’une catastrophe ; or, cette catastrophe n’arrive qu’à la fin, ce qui fait que les deux premiers tiers du livre ressemblent à une scène d’exposition. Ajoutez des dialogues parfois didactiques (des tirades si longues que l’auteur les divise en paragraphes : mais va-t-on à la ligne, quand on parle ?), et un jeu de référence un peu obscur au Robinson de Defoe, cité en exergue… J’ai entraîné mon peuple dans cette aventure n’en a pas moins pour lui son ambition, l’originalité de son sujet, l’épaisseur de certains personnages. Une demi-réussite, disons.

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