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Ceci est un manifeste. Celui d’un homme en rage. Contre son pays, la France, contre sa culture bourgeoise puant la mort. Tout juste séparé des surréalistes, qui n’avaient trouvé comme champ à leur prétendue subversion que la négation, Antonin Artaud se tourna vers le Mexique. Là, dans la révolution en cours, il trouva une source d’inspiration hors du commun. S’y mêlaient le prolongement de sa réflexion sur le théâtre, son anti-matérialisme, son combat contre les idoles, son indifférence à la politique, qu’il estimait sans grand intérêt pour la « libération » de l’homme. Dans cet « unique lieu au monde où dorment des forces naturelles qui puissent servir aux vivants », il chercha des manifestations véridiques (à travers les rites sacrés) afin de renouer -chose qu’a oublié l’Occident- avec l’idée d’unité de l’homme. Contre ce qui « a pourri l’idée de la vie », autrement dit la Raison triomphante. Il comprit qu’une pensée hostile à toute intellectualité -justement celle qu’il mit en mouvement- était aussi une pensée. Manière magistrale de réinclure le corps comme donnée principale.

A bien les lire, ses Messages n’ont rien perdu de leur violence. L’onde de choc se propage jusqu’à nous. Avec, pour le lecteur, toujours la même sensation : celle de subir une séance d’électrochocs.