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4
sur 5

Comprendre et agir. Deux étapes successives, déterminantes, pour assimiler les règles, plus ou moins complexes, qui constituent ce qu’on appelle, sans jamais vraiment savoir comment le définir, le gameplay. Comprendre et agir sont les deux mamelles du jeu vidéo, un squelette de titane immuable que Wario ware, le nouveau party-game de Nintendo, s’est chargé de dépecer pour le réduire à sa plus simple expression. Sans afféteries visuelles, sans prétextes scénaristiques, « le jeu pour le jeu ». Que reste-t-il une fois que le roi est nu ? Qu’on lui a retiré ses vêtements, sa chair, et ses muscles ? Une série de micro-jeux minimalistes, se succédant en file indienne sur un rythme de plus en plus soutenu. Le joueur n’a que quelques secondes pour passer l’épreuve : comprendre, agir et recommencer. Sans aucune autre explication qu’un laconique « saute » ou un lapidaire « attrape ». Ce qui signifie, la plupart du temps, qu’il faudra appuyer sur le bon bouton au bon moment, diriger son personnage au bon endroit. Basique. Et pas très éloigné, finalement, de l’absolue pureté des jeux à cristaux liquides Game&Watch. Tout le paradoxe de Wario ware, c’est justement de s’affirmer rétro tout en essayant d’être expérimental.

Nintendo raffole de ce genre de grand écart sémantique : faire du vieux ringard avec du vieux branché, profiter de l’engouement branchouille pour le pixel-art pour sublimer l’esthétique binaire de ses premières bafouilles, prêcher l’idiotie congénitale propre au jeu vidéo contre les prétentions intellectuelles des pompeux puddings cinématiques et formalistes qui polluent l’industrie vidéoludique. Une posture qui lui permet d’afficher un certain post-modernisme nostalgique, tout en se contentant de faire ce qu’il connaît le mieux : construire une mécanique de jeu imparable dont Wario ware serait l’étendard à la fois régressif et génial, déclinable à l’envi (sur GBA, sur GameCube et bientôt sur DS, la future portable hi-tech de Big N) ; une sorte de documentaire interactif sur le passif de Nintendo, dans lequel la plupart des stars de la firme, de Link à Samus Aran, feraient une apparition surprise. Le tout enrobé dans un habillage techno-funky-rigolo. Le cul entre deux chaises, Wario ware est un grand jeu écorché et schizo, le signe que Nintendo n’a pas fini d’entretenir des relations conflictuelles mais passionnantes, entre mélancolie et hystérie, avec sa propre histoire…