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5
sur 5

No Cliché pourrait être un de ses petits développeurs procréé sous passion non-assistée, par ces temps capitalistiquement étouffants pour les indépendants, qui cherchent désespérément un petit geste charitable d’édition. Mais non. Autrefois connu sous le nom Delphine Software, ils étaient déjà là en cette période joyeuse des petits ordinateurs familiaux (Amiga, Atari), loin des usines à gaz made in IBM. Déjà responsable de gros hits à l’époque (Les Voyageurs du temps, Croisière pour un cadavre, Flashback…), la politique maison n’a pas changé : toujours surprendre grâce à des idées franchement originales. La seule différence, c’est que désormais leur matière grise « appartient » au mange-tout Sega.

Dans Toy commander, vous incarnez un gamin prépubère. Vos parents ont fait l’erreur de vous laisser seul, à l’aube de vos huit ans, dans une maison qui, pour un môme, reste un monde inexploré, démesuré, à échelle incompréhensible. Vos barils de petites voitures vidées sur le carrelage de la cuisine, vous décidez de déclarer la guerre à un ennemi aussi imaginaire que plastifié (vos petits soldats). Vous débutez sagement en entraînant vos unités à toutes les pirouettes aériennes, au contrôle particulier d’un char. Vous leur avez donné comme mission de réussir à pousser trois œufs dans une casserole après avoir allumé le gaz (c’est pas bien de jouer avec le feu… tu finiras gendarme en Corse !) à l’aide de vos véhicules. Une fois le principe assimilé, on se retrouve vite sous le feu de l’action, en pleine mission suicide d’attaque d’un fort en boîte de conserve et en jeu de construction, en mission de sauvetage de la ferme attaquée à l’arme chimique (des baskets mâle-odorante), transformé en exterminateur d’insectes géants alienesques (une invasion de cafards provenant du conduit des toilettes). Ou encore en dernier rempart face à la destruction de la ville par un Godzilla travesti en lapin, bien plus digne que celui d’un certain R. Emmerich…

Le délire visuel est intégral tout au long du jeu tout en restant réaliste (les marques sont finement parodiées comme le chocolat Miam-Miam qui ressemble étrangement à une boite de Banania), juste assez décalé pour comprendre et partager l’inventivité du gamin. Le joueur est largement aidé en cela grâce à une réalisation incroyable. L’environnement de la maisonnée est représenté avec une précision minutieuse. Tout est fait pour vous plonger dans son univers ludique. Les sons restent enfantins, tels qu’on pouvait se les imaginer quand on était mioche. L’animation, elle, surprend par sa fluidité, d’autant que les graph’ sont plutôt chargés…
Une véritable prouesse technique qui n’occulte pas pour autant l’intérêt jouissif d’un des jeux les plus originaux de ces dernières années. Une réussite complète pour le mode solo, qui plus est appuyée par une variante multijoueurs qui ne gâche pas le tableau. Les combats dans le « ciel » prennent la forme de véritables dogfights miniatures quand les joueurs choisissent chacun un avion. Mais rien ne les y oblige, le choix de véhicules étant très large (char, jeep, camion, hélico, jet…). Par contre, mieux vaut y jouer devant un bon écran pour apercevoir au loin les pixels de votre coucou. A la limite, si vous ne tenez pas spécialement à vos yeux, c’est un sacrifice indispensable.