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4
sur 5

On le savait que la mode des « musicals » finirait par atteindre la France. Que ces jeux basico-ludiques qui transpirent la nippon touch par tous leurs pores parviendraient à trouver des éditeurs moins frileux et, accessoirement, un public fatigué de la trinité survival-RPG-FPS. Peut-être pas aussi rapidement… Souvenez-vous, l’année dernière à la même période, il pleuvait des animes dans les salles de cinéma comme vache qui pisse. Serait-ce le tour des « musicals », nouvelle tendance en provenance du pays du Soleil Levant ? Entre le conceptuel-arty-minimaliste Vib Ribbon et l’hallucinant Samba de Amigo -qui se joue avec des… maracas !-, Space channel 5 vient se poser en chaînon manquant avec son interactivité réduite à la portion la plus congrue et ses couleurs fluo-kitsch.

En deux mots : l’aguichante Ulala est une journaliste télé funky en diable qui doit couvrir une invasion extraterrestre un rien particulière. En effet, les aliens attaquent en obligeant les terriens à… danser frénétiquement. Délaissant l’habituelle déontologie non interventionniste des reporters sur le terrain, Ulala décide de filer un gros coup de main aux infortunés otages des nightclubbers de l’espace tout en continuant de couvrir son scoop télévisuel. The show must go on…

Pour se débarrasser de la racaille from outer space, Ulala doit répéter leurs pas de danse, exactement au même rythme. Soit cinq mouvements essentiels : haut, bas, droite, gauche, et… CHU -le bouton de tir, quoi… Selon son habileté à reproduire les déhanchements des aliens fluo, l’audimat de l’émission d’Ulala augmente, ou baisse, l’objectif étant de finir le niveau avec un audimat prédéfini. Au fur et à mesure que vous progressez, les otages que vous avez délivrés viennent vous rejoindre pour composer une espèce de parade house music trans-genre complètement délirante…

Voilà pour le principe, qui rappellera aux aficionados du genre Parappa the rapper, mâtiné de Virtua Cop, pour le côté « trajet prédéterminé ». Effectivement, dans Space channel 5, c’est le jeu qui vous « mène en bateau ». Pas d’autre intervention interactive que les combinaisons de touches à effectuer pour « danser ». Ce qui permet aux développeurs d’inclure des personnages en 3D temps réel dans des décors-cinématiques précalculés. Visuellement, le résultat est magnifique à tous points de vue. Contrairement aux réalisations minimalistes de Masaya Matsuura, concepteur entre autres de Parappa the rapper et de Vib Ribbon, Space channel 5 conserve indéniablement l’esthétique arcade chère à Sega… Mais il propose aussi une ambiance disco-queer-manga particulièrement rafraîchissante, intégralement compilée à travers le look short moulant jaune fluo, platform boots et cheveux roses neo-seventies de notre héroïne.

Le seul hic finalement, c’est que, comme la plupart des conversions d’arcade, Space channel 5 a une durée de vie particulièrement courte. Quatre niveaux en tout et pour tout ! Certes, le jeu est suffisamment diabolique pour que vous ne le boucliez pas en deux heures, mais on regrettera tout de même que Sega n’ait pas profité du portage sur Dreamcast pour « gonfler » un tant soit peu l’original.

Cela dit, Space channel 5 est tellement addictif et délirant qu’on y revient souvent, même après l’avoir fini, ne serait-ce que pour collecter tous les personnages à délivrer et à combattre, ou pour améliorer son audimat général. La sexy Ulala risque donc de vous coller les rétines sur l’écran un bon bout de temps pour une disco-rave masturbatoire et schizoïde dont vous aurez le plus grand mal à vous lasser !