PARTAGER
3
sur 5

On aimerait pouvoir hurler avec la meute. Clamer haut et fort que Resident evil : Code Veronica (RE:CV), avec son titre qui fleure bon le Minitel rose, est le survival-horror définitif qu’on attendait. Et c’est ce qu’on a d’abord pensé en admirant les premières minutes du jeu. Les développeurs de Capcom ont déployé de tels trésors d’habileté qu’on distingue à peine les différences entre les FMV et le moteur du jeu. Les visages des protagonistes sont tellement saturés de polygones lissés qu’ils parviennent à exprimer une palette de sentiments phénoménale, telle que la peur… surtout la peur ! mais on n’est pas vraiment là pour se marrer. Bref, sur le papier, RE:CV ne se contente pas d’être un vulgaire spin-off Dreamcast de la saga Resident evil. Avec son intrigue touffue, bien plus riche que celle de RE3 par exemple, et sa réalisation magistrale, RE:CV ressemble à un magnifique cadeau de la part de Capcom pour la bêbête de Sega. Malheureusement, le cadeau est un peu empoisonné…

Depuis le premier opus, la saga RE a évolué, gommant ses défauts pour finalement atteindre un degré de quasi-perfection avec RE3 : Nemesis. Or, avec RE:CV, c’est comme si ni RE2, ni RE3 n’avaient jamais existé ! Back to the basics, Code Veronica reprend en effet les principes de jouabilité et de mise en scène archaïques de RE1 sans le moindre complexe, en faisant preuve d’un classicisme qui a de prime abord un arrière-goût suranné et délicieux. La première rencontre avec les zombies dans un cimetière boueux est à ce titre terrifiante à souhait, traumatisante comme une « première fois ».

Revenir à l’horreur fondatrice, celle éprouvée lorsqu’on errait dans le manoir sordide du premier opus de la série, c’est donc, semble-t-il, ce qu’a voulu Capcom, dont on n’a finalement jamais attendu qu’ils innovent en quoi que ce soit. Après tout, pourquoi pas… Pour autant, un tel retour en arrière en matière de jouabilité était-il nécessaire ? Ca n’est pas qu’on reproche aux personnages d’avoir, comme toujours, un manche à balai dans leurs profondeurs intimes -c’est une constante de la série- mais on soupçonne fortement Capcom d’avoir voulu rallonger artificiellement la sauce en saupoudrant son dernier chef-d’œuvre de multitudes de petites contraintes qu’on croyait à jamais enfouies dans nos mémoires.
Bref, vous vous rappelez RE1 ? Ses allers-retours incessants, ses sauvegardes disparates ? Eh bien ici, c’est la même chose… mais en pire. Les trois modes de difficulté de la version japonaise ont disparu pour laisser la place à un jeu parfois un peu trop ardu pour les débutants. A tel point que vous serez sans doute amenés, tôt ou tard, à recommencer depuis le début avant même d’avoir fini le jeu. Ou au mieux, de reculer de plusieurs sauvegardes… Du challenge pour les hardcore-gamers pur jus ! Les autres risquent de s’arracher les cheveux ou, comme votre serviteur, de frôler la tachycardie.

Heureusement, outre sa réalisation grandiose, RE:CV bénéficie d’un scénar’ en béton, bien que truffé, ici et là, de quelques rebondissements assez peu crédibles, tel le retour improbable et inexpliqué de Wesker. La grande idée, c’est surtout l’introduction des « jumeaux » Ashford, Alfred et Alexia, qui apportent à l’ambiance du jeu un soupçon d’étrangeté qui détonne au sein d’un défilé de terreurs efficaces mais trop bien calibrées. Il faut voir pour s’en convaincre la maison d’Alexia, décorée d’une multitude de poupées morbides. Capcom essaye manifestement de naviguer dans les mêmes eaux troubles que le lovecraftien Silent hill. Le reste est plus conventionnel (cimetière, morgue, salle de tortures) voire parfois limite douteux : l’atmosphère délétère de prison du début du jeu semble s’inspirer de celle des camps de concentration : chez Capcom, ignore-t-on jusqu’au concept même de politiquement correct ? Le glauquissime a ses propres limites, ici on frôle l’overdose, surtout si vos petits nerfs sont un peu trop fragiles.
C’est pourquoi on préférera sans doute rester sur le souvenir de ce bon gros obsédé de Nemesis, qui poursuivait dans son trench-coat cuir-SM une jeune bimbo en minijupe, histoire de lui faire tâter de son gros bazooka. Moins beau, mais plus abouti, RE3 reste le meilleur épisode de la série. Pour faire mieux, Capcom devra sans doute arrêter de ressasser les mêmes ingrédients, jusqu’à plus soif, au risque de finir par nous dégoûter d’un genre qu’on a infiniment apprécié jusqu’ici. A bon entendeur…