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4
sur 5

Eh oui, même les stars ont une vie de merde. La preuve : Shigeru Miyamoto, pas le plus négligeable des game-gurus -Zelda, Mario, Donkey Kong, etc.- adore… le jardinage ! L’activité préférée de pépé-mémé et de Thomas du Loft V2, il y a franchement de quoi s’inquiéter mais pas de panique. Miyamoto n’a pas encore atteint l’âge de la retraite. Il en a même profité pour ramener de ses activités potagères non pas un bouquin avec Jean-Pierre Coffe mais un concept ludique tout neuf et relativement rafraîchissant, un godgame microcosmos mâtiné de STR niveau maternelle nommé Pikmin. Soit l’histoire improbable d’un astronaute microscopique, le capitaine Olimar, crashé sur une planète bucolique mais hostile, et soutenu dans la recherche des débris éparpillées de son vaisseau par une multitude de petites bestioles ressemblant à des radis sous colorant. Forcément, au premier abord, Pikmin semble avoir comme un arrière-goût de Lemmings. Mais au premier abord seulement. Les Pikmins ne sont peut-être pas futes-futes mais ils sont quand même nettement moins cons que les lemmings.

A force de paresser en observant les fourmis de son jardinet, Miyamoto a imaginé une race de bestioles plutôt dévouées et obéissantes mais suffisamment indépendantes pour ne pas être associées à la lobotomie suicidaire de leurs collègues lémuriens. Elles ont certes parfois tendance à s’accorder des pauses pique-niques impromptues ainsi qu’à courser la coccinelle -géante- baladeuse sans que l’on ne leur ait rien demandé. Mais leur intelligence toute relative leur permet en contrepartie de s’adapter immédiatement aux ordres et aux injonctions de leur leader, le capitaine Olimar. Entre Pikmins bâtisseurs, Pikmins guerriers, ou Pikmins aquatiques, Miyamoto n’a finalement fait qu’appliquer son decorum kawaii-nippon champêtre et l’inévitable simplification des commandes à un genre sommes toutes classique, à mi-chemin entre réflexion et wargame. Un jeu PC déguisé en jeu console, en quelque sorte.

Mais en dehors de son indéniable étrangeté visuelle et auditive, Pikmin fait preuve d’une certaine audace. Une audace qui prêtera d’ailleurs sans doute le flanc à un rejet partiel. C’est en effet un des rares jeux qui pousse le joueur à l’autodiscipline. Car ici, la limite de temps ne s’applique que sur l’intégralité du jeu : 30 jours pour assembler le vaisseau, soit 30 x 20 minutes. C’est un peu pervers, évidemment, le joueur distrait risquant de se retrouver coincé à la fin du jeu s’il a mal géré sa progression. On peut aussi trouver le principe relativement culotté : il faut constamment s’auto-évaluer, recommencer une journée si elle n’a pas été suffisamment productive ou trop dévastatrice pour votre troupe de Pikmins. C’est la force de Pikmin, c’est aussi sa limite : Miyamoto a souvent prouvé qu’il assumait ses premiers choix au niveau du gameplay, parfois jusqu’à décevoir les plus acquis à sa cause. On respectera donc la direction prise par le maître, cette « foutue » contrainte masquée qui a au moins l’avantage de laisser un peu de liberté d’action au joueur. Quoi qu’il en soit, Pikmin se pose sans problèmes comme un des jeux de première génération GameCube les plus intéressants, les plus décalés et les plus… dépaysants pour les amateurs de sous-bois bucoliques.