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4
sur 5

Devenu au fil des années une arlésienne numérique, Perfect dark a fini par débarquer sur nos consoles. Oubliée la caméra-gadget initialement prévue qui aurait permis aux joueurs d’avoir leur avatar, le nouveau jeu des créateurs de GoldenEye revoit ses ambitions à la baisse. Réussir ce tour de force sur console, qui plus est sur N64 dont la carrière touche à sa fin depuis qu’elle existe, aurait certes marqué la culture des jeux vidéo. Mais Nintendo a préféré miser sur le gameplay, sur les qualités intrinsèques du titre. Et c’est vrai qu’il n’en manque pas. Perfect dark surpasse aisément tous les Doom-like qui se sont risqués hors de leur plate-forme de prédilection, le PC. Techniquement en tout cas (l’extension pak est obligatoire si vous voulez vraiment profiter du jeu)… Les personnages trop anguleux pour être honnêtes ou trop pixellisés n’ont désormais plus leur place dans l’histoire vidéoludique. Place à une 3D qui donne enfin une féroce envie de dégainer pour envoyer dans un paradis virtuel tous ceux qui comprennent pas bien qu’il faut vous libérer le passage ! Vos ennemis virevoltent, roulent-boulent, vous supplient de les épargner, feignent l’agonie, pour au bout du compte se prendre une balle dans le buffet. Des réactions bien humaines qui donnent des gunfights cinématographiquement réalistes avec, à la clé, des giclées de sang murales ! Bien plus que dans GoldenEye, Nintendo se lâche dans une violence « quasi extatique » qu’apprécieront tous ceux qui ont scrupuleusement respecté leur vœu de fidélité envers la N64. Les autres devront se contenter d’apprécier l’évolution de la politique du constructeur qui porte désormais une attention toute particulière au portefeuille du 20-30 ans. Finies les interrogations existentielles provoquées par du sang vert, chaque projectile qui troue la peau d’un adversaire ou même d’un innocent pêcheur (mieux vaut éviter tout de même) nous gratifie d’une belle brochette de mouvements qui traduisent la souffrance. On en vient même parfois à s’acharner sur une victime pour être certain de la vider de tout son sang avant qu’elle ne s’écroule.

Hélas, tout n’a pas été étudié pour que le joueur soit immergé dans un monde aussi adulte que cette brutalité, maîtrisée aurait voulu le laisser croire. L’histoire en particulier, remplie d’E.T. stéréotypés (le gentil Roswell et le méchant-beurk) et d’ordinateur volant aussi gouailleur que pas drôle, lorgne bien plus du côté d’un M.I.B. bon enfant que d’un Predator brut de décoffrage. Un buddy-movie appuyé parfois par des niveaux aux mariages hasardeux de couleurs que même Mario Bava n’aurait pas voulu voir ! Et encore, passons sur les cinématiques, handicap génétique dont souffre la N64. Dommage… Tous les décors qui respectent un minimum la réalité sont absolument magnifiques comme cette villa enchâssée dans une crique où se déroule la 3e mission. On y découvre la beauté d’un soleil aux effets saisissants, celle de péter les lumières pour se plonger progressivement dans la pénombre et surtout celle de tenir entre ses mains un fusil de sniper !

Au départ, chaque nouvel objectif est l’occasion de s’essayer à de nouvelles techniques de pénétration furtive dans le camp ennemi. Le plus bel exemple est ce petit bijou de Camspy (qui évolue ensuite en Drugspy et en Bombspy) que vous devez contrôler pour prendre des photos dans des lieux pour vous inaccessibles. Avec sa vue anamorphique, on prend un malin plaisir à se balader dans tous les recoins. Des petites trouvailles aussi malignes que ludiques, Perfect dark en regorge. Du Laptop Gun -une mitrailleuse camouflée en ordinateur portable- en passant par les lunettes-rayons X pour dénicher des portes cachées, Rare s’est donné du mal pour occuper comme il se doit le joueur. Pourtant, on s’étonne que certains détails hérités de la tradition du jeu en vue subjective aient été oubliés. Comme le fait de pouvoir sauter ou encore de voir le plan du niveau se dessiner au fil de sa progression. Ca semble bien peu mais pourquoi alors ne pas les avoir inclus dans ce titre qui se voulait comme le jeu-somme du genre sur console. Il se contentera d’en porter le titre jusqu’à ce qu’un prétendant déboule sur une console nouvelle génération et piétine sans vergogne les souvenirs que nous auront laissé les pionniers.

Heureusement, le jeu multijoueurs, lui, tient toutes ses promesses, avec des parties entièrement paramétrables donnant libre cours à nos envies de tuerie en toute fraternité. Avec une quarantaine d’armes (certaines ont un double emploi), des gadgets, telle la tenue de camouflage, et des niveaux qui se débloquent lorsqu’une nouvelle mission ou un challenge sont réussis, la cartouche n’est pas prête de quitter le port. Seul GoldenEye avait jusqu’ici réussi le tour de force de capter l’attention des adeptes du jeu de massacre. Désormais, avec Perfect dark, on en parlera plus que d’une voix tremblante de nostalgie.