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4
sur 5

Pour être un bon critique il faut parfois savoir mentir. Oublier la raison, et laisser parler les tripes. Avouer, pour l’éthique, qu’OutRun 2 n’offre pas les mêmes sensations orgiaques, brutales et élégantes que Burnout 3 et puis s’arrêter là… Rien à foutre de la bonne conscience, aucune envie de comparer les deux challengers de la course automobile arcade, malgré l’étrange décision de la part de Sega d’avoir voulu sortir son bébé en même temps que le rouleau-compresseur de Criterion qui nous y pousse. C’est un peu David contre Goliath. Burnout 3 est un monstre… de plus en plus monstrueux depuis qu’il est passé sous l’ombre d’Electronic Arts. Un monstre de puissance et de destruction, répugnant, vomitif, excitant, orgasmique. Aimer Burnout 3, c’est forcément se sentir un peu coupable. Malheureusement, Burnout 3 est une évidence. Malgré la bande-son de camionneur et les saillies débilissimes du Dj mongolito qui dégueule sa litanie caillera du dimanche à la moindre queue-de-poisson.

OutRun 2, c’est autre chose. Le relicat d’une époque forcément plus lumineuse puisqu’il s’agit de celle de notre enfance. Années 80, frime-fric et lounge music minimaliste. Bien sûr qu’OutRun 2 s’est laissé dépasser. Burnout 3 lui a foutu un immense takedown dans la face. En même temps, le concept date de 1986 et Sega ne s’est même pas donné la peine de le faire évoluer : en mode arcade, il s’agit toujours de rouler à fond au volant d’une Ferrari, les cheveux au vent et une blondasse à ses côtés, lutter contre un chrono impitoyable et choisir le bon itinéraire. OutRun 2 est à peine plus qu’un remake. Vous savez quoi ? C’était la meilleure décision à prendre.

C’est à partir de là qu’on commence à mentir : Sega n’est pas encore assez suicidaire -non, non, pas encore- pour adapter tel quel son diamant brut taillé pour l’arcade sur console de salon. Il existe bien un mode « Défi », sur lequel on passera le plus clair de son temps, et qui phagocyte forcément l’oeuvre originale, beaucoup plus binaire. Cette petite concession à l’arcade abâtardie façon Project Gotham racing ne change pas vraiment la donne. OutRun reste OutRun, avec sa conduite toute en dérapage, ses ambiances colorées et festive. Une oeuvre dans laquelle Sega s’autoglorifie, jusque dans certains circuits bonus empruntés à Scud race ou Daytona USA 2. Une volonté d’affirmer sa propre histoire qui évoquerait presque la démarche très nombriliste de Nintendo. Sauf que Nintendo n’hésite pas à distiller de l’amertume, de la dérision, voire de la noirceur dans cette quête constante du paradis perdu de l’innocence. Sega, lui, et ce malgré les échecs douloureux et les renoncements, sait garder la tête haute, et se montrer flamboyant dans ce qu’il sait faire de mieux : l’arcade. C’est l’antithèse de Burnout qui reste un produit. La preuve : l’omniprésence de la pub et de l’autopromo qui s’incruste insidieusement dans l’aire de jeu. Après une partie de Burnout 3, j’ai l’envie subliminale de me parfumer les aisselles avec un déodorant Axe et de jouer à Medal of honor. Vous imaginez le drame. Pendant une partie d’OutRun 2, je verse une larme sur les premières notes de Magical sound shower remixé par Richard Jacques. Ca n’est pas que de la nostalgie, c’est aussi un état d’esprit.