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3
sur 5

Le progrès n’a pas que des avantages, surtout lorsqu’il nous oblige à tester une « moitié de jeu ». Tout l’intérêt d’un jeu comme Midtown madness 3, par exemple, est inextricablement lié au mode multijoueurs en réseau, mais en attendant d’être moins sous-équipé il a fallu nous contenter d’essayer le troisième opus de la série en solo. Or, il faut bien le reconnaître, de ce point de vue là, il n’y a rien de bien neuf sous le soleil. A part le transfert de support, du PC à la console de Bill Gates. Et la satisfaction ethnocentriste de voir Paris modélisé dans sa quasi-intégralité. Paris simplifié, réduit à ses grands axes, Paris étriqué par un périph’ trop resserré pour être honnête, mais Paris quand même. Digital Illusions s’est aussi fendu d’un Washington d’opérette, forcément moins parlant pour le frenchie de base.

Pendant que Bush et Chirac font du boudin, Microsoft réconcilie les deux capitales sur fond de courses déchaînées et un tantinet irresponsables. C’est le principe de base du jeu : foncer comme un malade dans un milieu urbain, de courses à checkpoint en épreuves Crazy taxi-like. Uniquement désireux de procurer au joueur une intense dose de plaisir transgressif, moins rebelle qu’un Burnout qui récompense les prises de risques et la conduite de chauffard imbibé, mais tout de même sacrément défoulant, Midtown madness 3 ne fait preuve d’aucune réelle ambition si ce n’est celle d’offrir au joueur la possibilité de prendre son pied en créant un chaos urbain hors du commun, du vandalisme routier sans remords, d’autant plus jouissif qu’il prend place au sein d’environnements presque familiers. Pas d’optique hardcore-gamer, ni de sublimation du beau geste ici, Midtown madness 3 se la joue détendu, bien plus facile la plupart du temps que son concurrent direct Midnight club 2. Un jeu totalement désinhibé, débarrassé de tout complexe esthétique. Ce qu’on pourrait peut-être lui reprocher. Il y a bien une tentative de faire exister le jeu au-delà de sa jouissance immédiate, avec deux modes story affublés d’un scénario complètement idiot. C’était plutôt bien essayé, mais les concepteurs ont fait preuve d’un tel manque de goût, avec ses personnages atones, ses blagues de comptoir et son doublage neuneu, qu’on aurait presque préféré qu’ils se contentent de miser sur une jouabilité irréprochable réelle, sans tomber dans l’excès de zèle.

Nul doute que Midtown madness 3 ne prouve sa véritable nature qu’à travers le mode multi (en réseau ou en écran splitté pour les tiers-mondistes du Net). En solo, l’expérience est indéniablement réjouissante, mais pas vraiment inoubliable : la faute à cette fameuse carence de personnalité qui plombe la plupart des jeux venant du monde PC. On préfère encore ça aux pathétiques références gangsta-culture d’un Midnight club ou au cache-misère épate-couillon d’un Wreckless. Mais si la licence veut continuer de s’épanouir sur console, il va falloir faire de gros efforts, soit pour lui attribuer un semblant d’âme, soit pour radicaliser son aspect arcade-concept.