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2
sur 5

On imagine très bien les salarymen de Squaresoft, après une réunion difficile rapport aux résultats financiers du géant nippon, complètement fracassés au saké, essayer d’imaginer, pour déconner, le concept le plus foireux possible pour renflouer les caisses de la société. « Eh les gars, et si on faisait un jeu qui mélangait l’univers des Final fantasy avec celui du Disney ? », a dû proposer un des cadres dans un éclair de génie imbibé… Plutôt débile, non ? Eh bien, aussi incroyable que cela puisse paraître, on l’a pris au mot. Le résultat, c’est Kingdom hearts, un action-RPG qui plonge Sora, un personnage qui transpire le chara-design de Testsuya Nomura par tous les pores -coupe de cheveux gaballienne et outfit tribalo-streetwear- dans le merveilleux monde des dessins-animés de Walt Disney.

Evidemment, le scénario qui sert de prétexte à ce DisneyLand vidéoludique ne tient pas la route une seule seconde. Comment justifier un truc pareil, franchement ? Par contre, les designers de Square se sont plutôt bien débrouillés pour relever un défi esthétique qui tendait au suicide artistique. C’est plutôt joli à regarder, et ce malgré le 50Hz pourri dont Square ose encore nous gratifier. Et le mix tient la route : voir Sora, flanqué de Donald et Dingo, se balader du monde d’Alice au pays des merveilles à celui de Tarzan ou de La Petite sirène, ne choque pas tant que ça la rétine. Le plus dur à avaler, finalement, ce sont les petits caméos des personnages de la série FF qui apparaissent au mieux incongrus sinon complètement déplacés. Que vient foutre Cloud Strife (FF7) dans le coliseum d’Hercule ? Quoi de plus improbable que le duo Squall (FF8) / Youfie (FF7), perdus dans les méandres de la ville ô combien disneyenne de Traverse. Kingdom hearts, au-delà de son incroyable tentative de crossover, c’est du fan-service destiné à ceux qui adulent Disney et les Final fantasy et particulièrement les derniers épisodes. Si ces gens-là existent, ils doivent avoir de sacrés goûts de chiottes.

Et le jeu dans tout ça ? Pas fameux. On peut gloser pendant des siècles sur l’esthétique pour le moins aventureuse du jeu de Squaresoft, mais question gameplay, la copie est à revoir… Rien de plus qu’un action-RPG ultra-classique, avec son level-up, ses combats en temps réel et son système de lock des ennemis emprunté à Zelda. Pas question de cracher sur le principe, mais Kingdom hearts est particulièrement mal foutu : la plupart des énigmes se réduisent à tourner en rond pendant des heures pour débloquer, complètement par hasard, la prochaine cut-scene qui fera progresser le scénario. Au bout d’un moment, ça finit par gaver d’autant que les attaques des « sans-coeurs », pendants joufflus et cartoonesques des « ombres » de Heart of darkness ou de Ico, deviennent rapidement insupportables. Le système de combat est un véritable calvaire, brouillon et bourrin, la caméra ne parvenant jamais à se placer à l’endroit adéquat. On passera sous silence les phases de plates-formes, ou cet immonde shoot’em-up qui tient lieu de transition entre les différents niveaux, par respect pour les développeurs. Ne parlons pas non plus des cinématiques qu’on doit se taper des dizaines de fois avant chaque boss, ceux-ci étant qui plus est particulièrement difficile à vaincre. Bref, rien ne fonctionne dans Kingdom hearts. D’autant plus regrettable qu’il s’agissait là de l’une des plus grosses curiosités artistiques de l’année…