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4
sur 5

Pour peu que vous connaissiez légèrement la saga Nintendo, le nom de Rare ne vous est pas inconnu. Indécrottablement attaché aux basques du constructeur nippon (également développeur et distributeur), ils se sont rendus coupables de la plupart des hits de la firme, de Donkey Kong sur SuperNintendo en passant par le plus récent mais néanmoins classique GoldenEye. Avec Jet force Gemini (JFG), la boîte de développement s’est lancée dans un style de jeu plutôt abandonné ces temps-ci, le shoot’ plates-formes. Mixture délicate, comme tous les genres hybrides où la principale difficulté est de dégoter la dose parfaite de chaque ingrédient. Ni trop ni trop peu. Les premières parties de JFG ont un goût bienheureux de « reviens-y » que le joueur s’empresse de contenter, le mélange d’action et d’aventure (vous devrez remplir des petits boulots annexes pour l’autochtone pas farouche) étant proche de la perfection.

Un féroce « dictatueur » met à feu et à sang une pacifique région occupée par des espèces de Mogwai. Votre unité de barbouzes interstellaire, chopé par le virus américano-onusien, se sent pousser des ailes de justicier pacificateur. Limite. JFG n’en perd pas pour autant sa force jouissive de jeu musculeux aux penchants explorationnistes. Vos personnages (un Ken futuriste élevé aux hormones, une mignonnette à la courte jupette et un cador à poil court) s’entrecroisent au fil de l’histoire, développée à coups d’incroyables scènes en 3D temps réel proches de la synthèse, pour vous permettre de les jouer selon leurs capacités et votre humeur. Mais vous ne rencontrez pas simplement des gens remplis de bonnes intentions. Les forces ennemies en présence ont de quoi faire frémir les insectophobes. Frappé de plein fouet par le syndrome Starship troopers, JFG vous fait affronter des hordes fourmillesques de bestioles à 6 ou 8 pattes de tout poil. Scarabés géants, fourmis de taille inhumaine, IVNI -insectes volants non identifiés, on va pas faire non plus dans l’entomologie- vicieuses arachnidées… tout ce petit monde a en plus oublié d’être con, puisqu’il se planque le plus possible derrière des obstacles, des boucliers, le temps de laisser passer votre fureur destructrice. Ne vous y trompez pas non plus, Nintendo a toujours privilégié une cible jeune. Le but n’est donc pas d’effrayer le joueur mais, avant tout, de le divertir. Les graphismes, sans faire dans la niaiserie à outrance, gardent un certain charme enfantin, telles ces armes toutes plus monstrueuses les unes que les autres mais qui gardent tout de même un look de pistolets à eau.

Tout n’est pas de cet acabit, il suffit de laisser son regard se perdre dans les décors pour être admiratif de la prouesse réalisée par Rare, qui réussit une nouvelle fois à pousser la N64 dans des extrémités techniques insoupçonnables. Les explosions, la gestion de la lumière et les reflets ont de quoi laisser baba le joueur, comme le simple spectateur. L’animation, elle, si elle subit quelques contrecoups discrets, n’en reste pas moins d’un niveau exceptionnel : la jouabilité est impeccable. Un pur plaisir solitaire ludiquement masturbatoire.
Mais pourquoi solitaire alors qu’il est possible de s’y adonner à 4 ? Tout simplement parce que le mode multi-joueur s’avère être totalement anecdotique, la vue « objective » par transparence ne convient pas et surtout les hésitations polygonales sont rapidement agaçantes pour ne pas dire franchement gênantes. Si on ne peut plus flinguer les adversaires en toute tranquillité, mieux vaut s’en passer. Quoi qu’il en soit, en solo, JFG est un pur moment de plaisir ludique comme on en fait rarement.