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2
sur 5

Petite délicatesse inhabituelle qui attend le joueur à la fin de Halo 4 : l’équipe de 343 Industries laisse un court message de remerciement pour la confiance qui lui est accordée et promet tout son dévouement au futur de la série. Elève sérieux, donc, le successeur de Bungie a visiblement tenu à montrer qu’il a appris sa leçon. Le jeu en est le témoin : efforts techniques plus que louables, analyse du gameplay irréprochable, reproduction fidèle du level design, (le jeu retrouve quasi intacte cette maîtrise légendaire du rythme et de l’espace propre à la saga), tout est mis en oeuvre pour que la licence ne faiblisse pas et nourrir l’action tel un récit, comme au bon vieux temps. Chaque escarmouche déploie ainsi sa propre histoire ludique et singulière, bâtie sur la découverte d’un nouveau lieu (jusqu’à une planète entière, visitée de son noyau jusqu’à son orbite), et ses fameuses zones de « bac à sable », espaces gigantesques construits pour que le joueur puisse établir différentes stratégies : va-t-on prendre l’ennemi de revers, se cacher à bonne distance, ou encore lancer un assaut direct à bord d’un véhicule trouvé sur les lieux ? Aucun doute, oui, on est bien dans Halo, licence mythique qui semble pourtant déjà lointaine, peut-être même désuète et sans grand fondement autre que ludique. Le problème est là et apparaît vite : 343 Industries a bien étudié sa copie, mais oublié en chemin que pour lui faire raconter quelque chose d’intéressant, à Halo, il faut se lever de bonne heure. Et qu’on s’en fout même d’ailleurs un peu, que la série veuille faire de la métaphysique, puisque l’essentiel n’a jamais été là.

a toujours du se confronter à un problème : son sens de la narration est local. Jamais le jeu n’a été capable de trouver un cadre plus classique. Dès que la série tente de se donner un peu d’épaisseur et de profondeur par le scénario, elle reste prisonnière de son univers et d’une esthétique foncièrement limitées et un peu idiotes, plus qu’archétypales. Ce ne serait d’ailleurs pas si grave, en soi (cela fait quelque part aussi son charme, comparé aux licences guerrières et vulgaires qui sont désormais monnaie courante), si précisément, 343 Industries ne tentait pas aussi d’accrocher un peu de sérieux sur le dos du Master Chief et d’y voir autre chose qu’une icône d’action décomplexée. Si l’on perçoit ainsi l’écho de Dead space après l’attaque d’une station orbitale, l’intrigue va jusqu’à faire montre d’une gravité sans précédent ; preuve que le studio studieux a malgré tout son mot à dire. Mais rien n’y fait. Le jeu a beau s’affairer autour de son héros en lui tissant une relation intime et tragique avec sa compagne d’aventure, offrir un réalisme des expressions bluffant dans les cinématiques, le centre de toute cette attention marque un vide total, avec son allure de figurine reproductible à l’infini, comme un jouet seulement bon à servir sur des champs de bataille imaginaires et enfantins. A son pic d’intensité dramatique, le jeu tombe ainsi dramatiquement à plat car au fond, le joueur n’a plus le contrôle de rien, laissant son héros tel un vague pantin désarticulé. Condamné d’emblée par cette réalité trop ludique, Halo 4 marque en définitive l’échec d’un jeu qui rêvait de sortir de son bac à sable.