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2
sur 5

Faut-il voir en Bioware une logique de production digne des séries B ? Déjà, Baldur’s gate, et son énorme succès en 99, avait orienté toute forme de RPG à l’américaine vers un gameplay identique, permettant ici et là de rares coups d’éclats (les excellents Icewind dale ou Planescape torment). Pour Dragon age 2, c’est plutôt vers le modèle estampillé Star wars : Knight of the old republic, qu’il faut se tourner. Le récent cahier des charges Bioware tient en plusieurs commandements : un mix de RPG et d’action en 3rd person shooter ; une foultitude de compagnons aux skills typés, commutables pour customiser un groupe idéal de quattre combattants ; une recréation, aux soins encyclopédiques, de mondes imaginaires en descendance directe des macrocosmes politico-sociaux d’un Tolkien ou Asimov ; un système dynamique de dialogues permettant une fluidité exemplaire aux interludes cinématiques.

Le succès de Star wars : KOTOR, ajouté à l’immense réussite des deux Mass effect, ont peu bousculé ce blueprint initial, calant même Bioware sur un confortable paradigme de développement, déclinable sous tous les genres, quitte à s’encombrer de rebuts de moulage inévitable. Le premier Dragon age : Origins, malgré son lot de fulgurances esthétiques, souffrait déjà d’une dévaluation face à ses aînés, masquant difficilement son statut de Baldur’s gate customisé pour next-gen. Ce deuxième opus sort à peine un an et demi après le premier. En amont de sa commercialisation, les soupçons de rush imposé par Electronic Arts (soucieux de devancer Bethesda et son prochain Elder scroll) sur Bioware ne tardèrent pas à filtrer du studio. Au final : cette précipitation annoncée se répercute d’emblée à l’écran comme aveu de tarissement d’un filon. Avaries graphiques, décors répétitifs et exsangues, cinématiques désincarnées (sans parler des dialogues « récités » de la VF), le jeu enchaîne les bâclages éhontés. Au même titre que Mass effect 2, cette suite donne une importance plus grande aux phases de combat. Le choix d’une tournure hack’n slash semblait prometteur, il reste tristement inadéquat : la gestion chaotique des compagnons et de l’interface se heurte à une nervosité des combats trop bordélique pour y espérer une quelconque approche tactique.

Faut-il conclure au « jeu pour fan » (souvent synonyme protocolaire de « foutage de gueule »), devant cet acte effarant d’indigence ? Certes, oui. Au crash total ?

Sans jamais concurrencer la profondeur d’un Fallout new Vegas, Dragon age 2 convainc tout de même par un savoir-faire romanesque, à la fois maelstrom référenciel aux oeuvres-mères de la fantasy et prises de risque narratives. Sa distraction première tient dans son choix de focalisation : l’histoire est racontée par un des compagnons du héros, qui revient par flashbacks sur les divers chapitres de l’aventure. Seulement, le conteur, voleur et mythomane, est sans cesse sommé de revenir sur les événements, accusé d’embellir la vérité. Les développeurs ont ainsi eu l’excellente idée de proposer à chaque récit ses deux versions, ouvrant ainsi une brèche des possibles sur une intrigue principale parfois trop linéaire.

Autre preuve du talent Bioware : savoir relancer l’intérêt du joueur en le déplaçant vers la variété de quêtes secondaires proposées. Il faut certes accepter de s’écraser devant les moindres doléances des nombreux citoyens et communautés mécontents de leur royaume. Mais ces excroissances scénaristiques dressées contre la quête principale masquent habilement la pauvreté dramatique de cette dernière. Pour le coup, le jeu s’avère savamment généreux en historiettes intimes et autres imbroglios sexuels, et ce, jusque dans le groupe même des compagnons, certaines compétences ne se débloquant qu’au gré de relations privilégiées avec eux.

Prolifération d’anecdotes triviales, fadeur d’un decorum et du jeu de ses acteurs : un RPG raté ressemblerait, à s’y méprendre, à un soap opera. Reste à considérer ce Dragon age 2 comme il le mérite : comme une improbable collection Arlequin transposée en lande médiévale, dont l’habillage suranné et le plaisir narratif coupable joueront les placébos devant l’attente d’un Mass effect 3.