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4
sur 5

Rare fait tout de même très fort. On parle assez rarement de la N64, non pas en raison d’une haine professionnelle envers Nintendo mais à cause de la pénurie qui régna, règne (évitons le futur pour une machine désormais vouée à une mort dans l’indifférence) sur cette console. Et là, coup sur coup, ils nous pondent deux petites merveilles imparables pour tout possesseur de la machine. De quoi faire naître chez les autres des envies de meurtres virtuels. Ou de quoi investir, pourquoi pas, pour fêter le retour en forme du « leader ludique » d’antan et s’éclater aux commandes du plus vieux singe de l’ère informatique. Ceux qui s’attendaient à un remake de Gorille dans la brume grâce aux capacités involontaires de la N64 à générer du brouillard risquent d’être franchement déçus. Avec Donkey kong 64, le style plate-forme retrouve sa place incomparable pour les hardcore gamers. Des heures entières de jeu dans un univers de pur plaisir.

Aux commandes de cette touffe de poils, vous devez libérer vos amis, toujours assez cons pour se faire choper par des méchants bien connus. Et là, idée géniale (déjà présente dans Jet force gemini, l’autre titre incontournable de Rare) : au fur et à mesure des sauvetages mouvementés, vous vous retrouverez à la tête d’un petit commando simiesque. Non, vous ne les jouez pas tous simultanément, mais vous pouvez choisir celui avec lequel vous estimez avoir le plus d’affinités. Pas trop tout de même, le singe est un animal sexuellement violent (Gare au gorille s’exclamait l’Autre), méfiez-vous. Tous ont des façons de se mouvoir, des capacités et des armes différentes. L’un se bat avec un vieux tromblon à noix de cocos, l’autre, à la John Woo, avec un flingue à pruneaux (ceux en acier qui font bien mal) dans chaque paluche. Il ne faut pas non plus jouer seulement en fonction de son attirance envers un des protagonistes mais aussi utiliser sa caboche pour choisir le bon monkey au bon endroit pour progresser. Un passage inaccessible avec l’un d’eux ne vous posera aucun problème avec l’autre. Comme le jeu est vaste, les seconds rôles nombreux (loufiats et bourgeois vous vendent armes et bagages), vous ne risquez pas d’avoir tout visité, jusqu’à la moindre peau de banane, le jeu fini. Tant mieux, on pourra recommencer !

Et c’est loin d’être insupportable. D’abord parce que le jeu profite d’une réalisation technique époustouflante. La console, ces derniers temps, en grande partie grâce à Rare, est repoussée dans ses ultimes retranchements MIPSiens. Seul Rayman 2, cousin dégénéré, a atteint un niveau comparable… Les couleurs sont éclatantes, tous les mondes bénéficient de détails incroyables pour une 32-64 bits. Seule l’animation souffre de quelques rejets ralentisseurs, mais vite étouffés par la beauté qui suinte derrière chaque pixel. Originalité supplémentaire pour un jeu de plates-formes : les concepteurs ont doté Donkey kong 64 d’un mode multi-joueurs. Pour quoi faire ? Un sous doom-like du pauvre ? Que nenni, les concepteurs se sont véritablement creuser la tête pour trouver de nouvelles idées. Exemple : l’un des jeux vous place sur une plate-forme à partir de laquelle il faudra faire tomber les autres joueurs. Crêpage de chignon de poils rouquins en vue ! Un autre jeu vous fait parcourir un petit stage au terme duquel il convient d’arriver premier -tous les coups sont permis- pour ne pas avoir de coups à payer (là, il s’agit d’une option personnelle augmentant le plaisir du jeu. A vous de voir…). Pas géant, seulement sympathique, sauf pour les inconditionnels proches de l’obsession simiesque, mais ça prouve qu’une fois de plus Rare a pensé son produit jusqu’au bout. Rien que pour les remercier, je m’en vais gambader dans les vertes prairies… en solo.