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3
sur 5

Les grands développeurs sont-ils condamnés à ne sortir que des grands jeux ? Quand on s’appelle Yuji Naka, qu’on préside la Sonic Team -le studio le plus populaire de Sega, responsable d’intemporels chefs-d’oeuvre tels que que Sonic the hedgehog, NiGHTS ou Phantasy star online-, est-ce qu’on a le droit de se reposer sur ses lauriers, de créer sur un mode mineur ? On serait tenté de répondre oui. Sauf que… Depuis la mort de la Dreamcast, la Sonic Team s’est majoritairement contentée d’adapter paresseusement de vieilles glorioles DC sur GameCube… Et puis Billy Hatcher est apparu à grands renforts de screenshots alléchants. Jeu de plates-formes prometteur et licence toute neuve, le studio de Yuji Naka sortirait-il enfin de sa période gagne-petit ?

On a beau le retourner dans tous les sens ce Billy Hatcher, on ne voit aucune raison de ne pas l’aimer, ou de le prendre en défaut. Le concept est relativement novateur : le héros est un gamin déguisé en poulet (!) contraint, tel un Sisyphe kawai, de se déplacer en poussant des oeufs de taille respectable. Sans cet oeuf, on est rien, on est nu : impossible de se battre, ou de progresser. Il faut donc le préserver du danger, au moins autant que son propre avatar à crête de coq. Une « gêne paradoxale » à la fois indispensable au bon déroulement du jeu et terriblement contraignante tant elle complique la gestion de l’inertie du héros. Un peu le pendant minéral et amorphe de Yorda, la jeune fille diaphane qu’il fallait impérativement protéger des créatures fumeuses du sublime Ico.

Pour le reste, Billy Hatcher pille allègrement les idées des deux derniers Mario, Sunshine en tête : les niveaux ne sont pas très nombreux, mais il faudra les visiter plusieurs fois pour s’acquitter de missions diverses et variées. Manque juste à l’appel le hub central, remplacé ici par une map moyennement engageante. Le jeu est aussi une synthèse fulgurante de ce qui compose les identités respectives de Sega et de Nintendo : les couleurs pètent, design mignon et musiques cucul-débridées. C’est ici que ça coince un peu : en dehors de son concept ovipare, Billy Hatcher est un jeu trop académique pour faire partie des leaders de la plate-forme. La Sonic Team ne s’est même pas donné la peine de créer un univers exclusif, préférant aligner les clichés du décorum plate-formesque. Manque d’originalité, manque de réelle substance -le jeu devient très vite répétitif-, manque d’identité. Billy Hatcher ne dépasse jamais le cadre du bon jeu sympa. Déjà pas si mal quand on voit à quel point un éditeur comme Microsoft peine à donner un jeu de plates-formes digne de ce nom à sa Xbox. Mais on attendait plus d’ambition de la part de la Sonic Team pour son Grand Retour : Billy aura beau courir comme un agité du bocal derrière son oeuf, il a encore beaucoup de chemin à faire avant de rattraper le célèbre hérisson bleu qui, lui, était parvenu à insuffler un peu de morgue et de frénésie à un genre parfois trop pépère et conservateur.