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3
sur 5

Ubi Soft est un éditeur qui commence à avoir la carte. Rien de scandaleux à ça : Ubi Soft a produit quelques bons jeux, bien ficelés, faisant parfois la nique aux éditeurs nippons les mieux installés. Mais il leur manque toujours quelque chose, ce petit rien qui lui permettrait de passer du statut de « bon faiseur » à celui d’éditeur mythique. Faire preuve d’un peu plus de créativité, abandonner cette obsession de piquer des concepts à son voisin pour essayer de faire mieux. Se doter d’une identité. Heureusement, Ubi Soft a un joker : Michel Ancel, le Miyamoto-wannabe français… Après avoir tenté de niquer Mario avec l’excellent Rayman (lire notre chronique du 3e opus), Ancel s’est mis en tête de s’attaquer à l’action-RPG à la Zelda, genre franchement casse-gueule, avec Beyond good and evil. Le résultat final est loin d’être déshonorant, mais Ancel n’a pas tout à fait gagné son pari. Son grand’oeuvre ne risque pas de faire de l’ombre au petit elfe vert de Nintendo.

Trop court pour un action-RPG, pas assez varié dans le fond comme dans la forme, Beyond good and evil ne parvient pas à imposer sa recette post-Zelda cuisinée à la sauce « adulte ». Zelda, c’est une intrigue ronéotypée à l’apparence simplette mais aux multiples niveaux de lecture. Et une mascotte imputrescible, un réceptacle anti-charismatique destiné à recevoir la personnalité du joueur. Plus complexe qu’il n’y paraît. Ancel a cru, bien naïvement, qu’il suffisait de trouver un pitch un peu moins primitif pour faire oublier les sempiternelles quêtes médiévistes des Zelda. On se retrouve donc dans la peau de Jade, journaliste bien roulée, qui tente de délivrer sa planète Hyllis du joug des Sections Alpha, milice manipulée par des aliens anthropophages. Engagée par les rebelles du coin, Jade a pour mission de mener des reportages undercover dans les endroits les plus sensibles de la planète, y trouver des preuves afin que la population ouvre enfin les yeux et se soulève contre la tyrannie. La théorie du complot mulderien appliquée à l’action-RPG, quoi. Pas idiot, d’autant qu’Ancel s’est efforcé de créer un univers cohérent, lacustre et automnal, au sein duquel on prend plaisir à évoluer… tant qu’on reste à l’extérieur des donjons, peu nombreux et trop similaires dans le genre militaire-hi-tech.

Ancel est toujours un bon faiseur : Beyond good and evil est un Zelda-peine-à-jouir mais il dispense quelques heures de pur plaisir, même s’il a tendance à trop se reposer sur son aspect infiltration. Sa création manque de souffle, souffre de quelques défauts de jouabilité et de choix artistiques discutables -comme ces deux énormes bandes noires qui tassent outrageusement l’écran pour faire cinémascope. La licence est sans doute destinée à être livrée en « kit », morcelée en petits épisodes, à l’instar des Xenosaga et autres Shenmue. C’est une stratégie dangereuse, forcément frustrante et déceptive, qui nous contraint à rester dans l’expectative alors qu’on est censé avoir un produit fini entre les mains. Beyond good and evil n’est pas trop mal pour un premier jet, on espère quand même que le plat de résistance sera un tout petit peu plus consistant.