PARTAGER

Peu de nouvelles émotions à « Vue sur les docs » cette année. Le festival marseillais (mais international !) du film documentaire, déplacé du mois de juin au mois de septembre pour cause de Coupe du Monde de foot, s’est mué en avant-première de la saison télévisuelle à venir.


Tout le monde était là !… Arte venait pour présenter le prochain opus de Christophe Otzenberger, Fragments sur la misère, le tout dernier Comolli, Jeux de rôles à Carpentras, la veille de sa diffusion télé, ou bien soutenir une version ciné de films déjà diffusés, tel Grands comme le monde, de Denis Gheerbrant. Côté France Télévision, France 2 montrait Un samedi sur deux de Claudine Bories et France 3 D’un enfant à l’autre du très attendu Manuel Poirier qui passait pour la première fois de la fiction au documentaire (souhaitons que ce soit la dernière…). Le réalisateur du subtil Western s’est borné à questionner sur leurs peurs et leurs désirs des enfants âgés de 9 à 14 ans, sans prendre la peine de s’arrêter sur aucun d’entre eux : le résultat s’approche plus du sondage en images que d’un quelconque documentaire.
Même TF1 était présent… enfin presque. On a croisé Gérard Carreyrou (président de la chaîne thématique Odyssée, ne l’oublions pas…) dans deux ou trois cocktails !

Le plaisir est donc venu, non pas de cette sélection de produits télévisuels plus ou moins bon, mais de quelques raretés plus cinématographiques… Le jury ne s’y est d’ailleurs pas trompé, ce sont celles-ci qu’il a récompensées !
Le Grand Prix du jury « Vue sur les docs » est ainsi allé à Public Housing de Fréderick Wiseman déjà projeté au Festival du Réel de Paris en mars dernier et qui sera enfin accessible à un plus large public prochainement : il sortira en salle grâce au Prix des cinémas de recherche qui lui a aussi été attribué. Autre ovni, le film Memory of Berlin du jeune britannique John Burgan, parti sur les traces de son trouble passé d’enfant adopté, a reçu le prix « Ecrans premiers », nouvelle récompense attribuée à Marseille pour distinguer un premier film.
Le prix Planète a, lui, récompensé un film suédois sans aucun dialogue : le but de Mikael Kristerson, le réalisateur, était de rendre compte dans son film, L’oeil du faucon, du point de vue d’un couple de faucons sur les humains, en prenant en quelque sorte à contre-pied le principe du documentaire animalier… Même le Prix du Public est allé à un film non conventionnel : une comédie documentaire de Christian Philibert, Les Quatre saisons d’Espigoule, mêlant allègrement réalité et fiction dans une ambiance très régionale, voire régionaliste…
L’année prochaine, pour fêter ses dix ans, le festival retrouve son calendrier habituel, fin juin. Espérons que cette fois-ci la programmation officielle fera moins les yeux doux au petit écran…

Le festival « Vue sur les docs » a eu lieu à Marseille du 13 au 17 septembre 1998.