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Pour tous ceux qui écrivent et souhaitent être publiés, l’association le CALCRE démine les pièges et les abus du monde de l’édition. Et fournit les informations nécessaires pour multiplier les chances de frapper à la bonne porte.

Imaginez : à peine quelques jours après l’envoi de votre manuscrit, un éditeur vous répond. Une belle lettre, de plusieurs pages, qui déploie sous vos yeux séduits le merveilleux parcours à venir de votre texte. De paragraphe en paragraphe, il devient livre maquetté puis imprimé à plusieurs milliers d’exemplaires, livre déposé à la Bibliothèque nationale de France, livre envoyé aux critiques et journalistes les plus influents du moment, livre s’envolant vers des centaines de librairies et de lecteurs avides. Livre qui se lance dans la si excitante course aux prix, etc. A la dernière page de la lettre, retirant brutalement le fantasmatique fauteuil de Goncourt où vous étiez déjà assis, une phrase vous indique ce qu’il vous en coûtera : une bagatelle somme qui oscille entre vingt et cent mille francs. Précisons, s’il en était besoin, qu’une fois cette somme naïvement versée, le livre débutera sa carrière dans les bureaux de l’éditeur, la poursuivra dans sa cave et la finira bien vite chez un recycleur de papier. Il n’en restera bientôt plus que quelques exemplaires chez vous et un, en effet, à la Bibliothèque nationale de France, où son dépôt par l’éditeur est obligatoire.

C’est pour lutter contre ce type d’arnaques fréquentes chez les éditeurs dits « à compte d’auteur » que le CALCRE (Comité des auteurs en lutte contre le racket de l’édition) fut créé en 1979. Les succès qu’il remporta, à force d’enquêtes et de procès, ont permis que ces pratiques soient aujourd’hui moins répandues. Le terrain ainsi déblayé, le CALCRE pouvait, en 1988, élargir ses activités et devenir une association d’information et de défense des auteurs. Devant eux s’étend donc désormais le grand champ de l’édition traditionnelle -dite « à compte d’éditeur »- où, si la légalité est presque toujours respectée, l’information entre auteurs et éditeurs est souvent fragmentaire, quand elle n’est pas résolument obscure. Comme l’écrit la rédaction du magazine Ecrire & éditer, bimestriel publié par l’association, « le prestige très français du statut d’Auteur sert d’alibi à une déconnexion perfide entre le monde de la création et celui de l’industrie culturelle ». Partant du constat que « les éditeurs sont des professionnels, ni plus ni moins, dont tous les interlocuteurs sont aussi des professionnels (imprimeurs, diffuseurs, distributeurs, directeurs artistiques, conseillers marketing, médias, annonceurs…), à L’EXCEPTION des auteurs qui hasardent leur manuscrit par la Poste sans trop savoir où ils mettent les pieds ! », le CALCRE se donne pour objectif de fournir aux auteurs l’information qui leur manque via plusieurs publications.

La plus connue d’entre elles est un Annuaire à l’usage des auteurs cherchant un éditeur (AUDACE). Il répertorie près de mille maisons d’édition, sous forme de fiches très documentées qui regroupent, grâce à des entretiens, enquêtes, envois de « manuscrits sous-marins », etc., des renseignements absents des autres annuaires d’éditeurs. Genres et collections, nombre de manuscrits publiés par an, tirages moyens, modes de diffusion, délai de réponse, type de contrats, etc. Autant d’éléments qui sont très rarement divulgués et qui permettent surtout à l’auteur en quête de publication de ne pas perdre son temps, son argent et son énergie en envois de manuscrits. D’autant que, souvent, pour de réelles raisons éditoriales, ceux-ci sont à peine lus. L’annuaire risque malheureusement, dans un premier temps, d’être bien peu utile à celles et ceux qui écrivent des nouvelles ou des poèmes. Dans ces deux domaines, il est effectivement presque impossible aujourd’hui d’être publié directement sous forme de recueil chez un éditeur. L’Annuaire des revues littéraires (ARLIT), organisé comme son aîné, a justement été fait à leur intention. Il constitue un outil efficace pour repérer les revues susceptibles d’accepter (ou de refuser) les textes, sous quelles modalités et avec quelle rémunération (ou quelle explication).

Enfin, en plus de ces deux annuaires, le CALCRE édite ou diffuse de nombreux guides et hors-séries : sur les manifestations littéraires, salons et fêtes, sur l’art et la méthode de publier une revue ou de s’autoéditer, sur les piges et les concours. Les quelques domaines qui échappent à ces publications, qu’ils mutent rapidement ou qu’ils commencent seulement à se développer -c’est le cas par exemple des ateliers d’écriture et de l’édition numérique-, sont désormais régulièrement analysés dans la revue Ecrire & éditer ainsi que sur le site de l’association, plein de renseignements, de conseils et d’adresses à l’attention de ceux qui souhaitent voir leurs textes accéder enfin au public. Il existe néanmoins un domaine où même le CALCRE est impuissant : celui, souvent silencieux et solitaire, du processus de création. Certains le lui reprocheront, qui savent avec dépit que pour être bien publié, il est préférable de savoir auparavant bien écrire. Pour notre part, nous pensons surtout qu’une telle association, qui évite tout de même aux auteurs de voir leurs œuvres se transformer en supports publicitaires ou en miroirs aux alouettes, mérite forcément l’attention. D’autant plus qu’elle constitue l’un des rares acteurs du monde de l’édition à être réellement indépendant et à ne pas s’être donné pour objectif l’inévitable rentabilité.

Voir le site du CALCRE
Contact : ou par voie postal :
CALCRE / secrétariat – Boîte postale 17 – 94404 VITRY Cedex

Le CALCRE sera présent au Salon du livre, au stand P112
La revue Ecrire & éditer est disponible en kiosque sur Paris et la région parisienne