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Thievery Corporation -alias Rob Garza et Eric Hilton- nous donne une nouvelle image musicale de l’Amérique. Une Amérique en marge des guitares ronflantes, qui préfère de loin le numérique. En 1996, le duo de Washington a sorti une flopée de singles sur son propre label, 18th Street Lounge Music, puis un premier album, Sounds from the Thievery Corporation, qui donnait à entendre des sons ouatés, travaillés à l’extrême, mais dépourvus de froideur. Le bouche à oreille s’est amplifié à vitesse grand V, mais le disque restait introuvable. Désormais nantis d’un solide distributeur européen (Labels//Virgin), ils préparent déjà, alors que le public les découvre seulement, second album qui devrait voir le jour avant la fin de l’année. Au rapport : Rob Garza.


Chronic’art : Qu’est-ce qui fait de vous une Thievery Corporation (une corporation de voleurs), la manière dont vous vous réappropriez le travail des autres ?

Rob Garza : C’est sans doute ce que les gens pensent, mais notre manière de sampler est en fait assez singulière. Nous ne repompons pas des phrases entières, des mélodies. Nous nous contentons de piquer un son -caisse claire, basse…-, nous additionnons tous ces sons empruntés de manière à créer nos propres structures musicales, avec un son très personnel. Nos combinaisons sont inédites.

Justement, vous vous considérez comme des artistes qui créent leurs propres morceaux, ou comme des DJs/arrangeurs ?

Je crois que nous sommes vraiment des artistes à part entière, car dès le départ, nous avons une idée très précise du morceau que nous voulons créer. Nous utilisons simplement différents éléments qui existent déjà dans différents types de musique.

Vous avez donc l’idée avant de sampler…

Oui, la plupart du temps, on a déjà un groove dans la tête, une structure que nous allons chercher à créer. De ce point de vue-là, nous construisons nos morceaux comme des chansons. Ce n’est pas notre style de dire « on va reprendre tout ce passage de ce morceau, le retravailler et en faire un morceau à nous ».

Votre album est dédicacé à Antonio Carlos Jobim. Pourtant, à l’écoute, ce sont plutôt les sonorités dub ou reggae qui ressortent…

C’est vrai. Mais nous sommes de grands fans de Jobim. Et ce qui est important à nos yeux, c’est le feeling. Il y a sur l’album quelques morceaux inspirées par la bossa nova, et ce qui est primordiale dans cette musique, c’est la manière dont elle utilise l’espace. C’est assez subtil, ce n’est pas un genre musical agressif, qui cherche à vous en mettre un grand coup derrière la tête. En ce sens, je pense que notre musique est à la recherche de cette subtilité. Il y également l’influence de la ville, des rythmes urbains empreints de passion. Nous faisons du hip hop avec ces rythmes urbains…

La scène DJ est-elle importante à DC ?

Non, pas vraiment. Ca commence à venir. Ils y quelques groupes qui font une musique un peu similaire de la notre et qui émergent aujourd’hui. Certains devraient d’ailleurs sortir sur notre label. mais c’est surtout la scène house et techno qui cartonne à DC. Finalement, nous sommes très underground là-bas.

Comment êtes-vous devenu DJ ?

Au départ, je faisait le DJ pour moi-même, pour mon plaisir. Ce qui m’intéressait plutôt, c’était la production. C’est surtout Eric qui lui, était un vrai DJ. Il mixait de la house. Il vient d’arrêter, d’ailleurs, pour se concentrer sur la production avec moi.

Pourquoi avoir sorti l’album sur votre propre label ?

C’est parce qu’on voulait avoir le contrôle sur tout, du son jusqu’au design de la pochette. On a commencé par sortir des singles, et étonnamment, ça a plutôt bien marché. Ce qui s’est avéré intéressant dans cette affaire, c’est que ça nous a permis d’avoir un contrôle financier sur notre musique, de ne pas être à la merci de quelqu’un.

Maintenant, vous allez vous lancer sur le Net ? Vous surfez ?

Oui, je surfe pas mal. Principalement pour trouver de l’information en relation avec la musique, mais je vais voir un peu du tout, des sites un peu trash, un peu punk, indépendants en tout cas. On a en projet de faire un site nous-mêmes. En fait, on a trois sites en chantier, avec l’aide de quelques amis, mais aucun n’est terminé ! Le problème, c’est qu’on est trop paresseux…

Propos recueillis par