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Mike et Suzy Silver (alias Mike et Suzy Sonovac) résident actuellement à Londres. It happens every day, le premier single de Sonovac, a reçu cette année un excellent accueil, notamment de la part de Coldcut, qui a invité le groupe dans son émission Wheels of steel sur Kiss FM. La sortie de leur album Raw sur le label Output confirme leur talent de mélodistes pop sur des rythmiques electro bondissantes. Avant la soirée Output au Batofar, interview et réponses à une voix de Mike et Suzy.

Chronic’art : Sur votre album Raw, vous multipliez les références. Vous considérez-vous quand même comme un projet électronique ?

Mike et Suzy Silver : L’électronique est prédominante oui, mais on ne souhaite pas être limité à ça. Nos prochaines productions ne seront vraisemblablement pas du tout électroniques. L’album a été enregistré avec un quatre-pistes, un sampler et quelques vieux synthétiseurs et orgues. Maintenant nous allons pouvoir enregistrer sur ordinateur avec plus d’équipements, nous aurons plus de possibilités à exploiter, ce qui est excitant pour nous. L’album précédent était défini par les moyens dont nous disposions. La façon d’enregistrer influe sur ce qui est produit. Utiliser les mêmes vieux synthés et le même sampler serait ennuyeux. Cela dit, nous ne savons pas ce que nous allons faire avant de nous y mettre pour de bon. Nous ne planifions pas. On a envie de faire des chansons différentes de celles qu’on a faites, c’est tout. Et ce sera possible dans un vrai studio. Même si nous ne sommes pas particulièrement fascinés par les studios et la technologie.

C’est de la musique électronique et en même temps l’esprit est très pop. Vous pensez que la musique électronique a besoin de vocaux, voire de lyrics aujourd’hui ?

Si nous avions un but, ce serait de combiner de la pop avec des sons plus expérimentaux. La pop music est très importante pour nous. C’est l’aspect le plus important de notre album, même si c’est de la pop pervertie, tordue. Il y a trop de disques qui sortent, c’est difficile d’être expérimental en musique électronique, c’est plus facile pour la pop. Et pour un morceau de 2-3 minutes, on pense que la voix humaine est l’élément le plus important.
Mike, tu as fait une école d’art. Est-ce que tu conceptualises ce que tu fais ? Et connais-tu les Chicks on Speed, qui mélangent musique et performance ?

Non, pour moi l’art et la musique telle que je la conçois sont opposés. Je sais exactement ce que je fais quand je conçois l’album : c’est de la musique et rien d’autre. On essaie d’être le plus spontané possible. J’aime beaucoup les Chicks on Speed, mais je n’ai pas la même ambition quand je fais de la musique, sinon de créer des chansons pop. On veut faire des choses accessibles.

Et voir des gens danser sur votre musique, ça vous fait plaisir ?

Je ne crois pas que nous fassions de la dance music, même si j’aime ça aussi. Il y a peut-être des morceaux plus dansants, mais je crois qu’ils ne sont « pas assez » dansants… On prend juste des éléments de la dance music, et on y ajoute d’autres choses, comme des vocaux par exemple.

En tant que frère et sœur, c’est facile de travailler ensemble ?

Ca signifie que nous pouvons être vraiment honnêtes, l’un par rapport à l’autre, et par rapport à notre musique. Le disque a été fait de manière très juvénile et relax parce que nous nous connaissons vraiment bien. Nous nous battons un peu parfois, mais gentiment. Et nous ne pourrions pas dissocier ce que chacun a apporté à l’album. En fait, nous n’avions jamais eu l’intention de faire de la musique ensemble, avant que les circonstances ne nous rassemblent dans ce but, alors nous n’attendons pas beaucoup de l’autre, tout se fait de manière naturelle. Le fait qu’on soit un frère et une sœur définit à mon avis les caractéristiques de Sonovac, le disque nous reflète assez bien en un sens.

Comment faites-vous sur scène ?

En ce moment, on joue les morceaux juste avec une guitare acoustique. Ce qui est intéressant dans le contexte d’un club. Mais nous ne voulions pas utiliser de bande préenregistrée, comme nous l’avons déjà fait auparavant, parce que c’est ennuyeux. Nous voulons tout faire live. Pour les gens qui nous connaissent, qui reconnaissent les morceaux, ça peut être intéressant. Sonovac n’est pas un projet vraiment défini, cadré, il est dépendant d’erreurs, de changements, c’est ouvert, et c’est ce qui nous excite. Jouer live comme ça nous donne l’impression d’être courageux et de faire un truc moins facile. Au milieu de toute une nuit de musique électronique, il y aura 15 minutes de chant accompagné d’une guitare acoustique… On verra bien…

Vous semblez aimer les citations. Vous pensez qu’elles font partie de votre musique ?

Oui. Malheureusement, à cause de la loi, nous avons dû retirer certains passages du disque. Nous aimons faire des reprises, mais réarrangées, avec des textes différents. Ou alors nous utilisons juste les paroles originales et refaisons toute la musique. Mais ça rend ces morceaux difficiles à sortir.

Vous savez si les Ramones ont entendu votre version de I wanna be sedated ?

Non, je ne crois pas qu’ils l’aient entendue. Mais voilà typiquement un morceau réarrangé, « inversé ». On a inversé l’énergie du morceau original, un peu à la manière de David Cunningham et de ses reprises pop. La reprise des Cramps est le morceau le plus fidèle que nous ayons fait, nous devons l’admettre. Celle de Springsteen est très différente, nous avons changé la structure. Mais nous nous impliquons beaucoup dans ces reprises parce que ce sont toujours des morceaux que nous aimons vraiment, ce n’est pas ironique. Il y a des chansons que nous serions trop effrayés de reprendre parce que nous les aimons trop. Comme celles des Cramps. Il y a des morceaux qui sont parfaits. J’aimerais bien reprendre des morceaux du début du siècle, et faire un album de reprises, dans la tradition pop de ces morceaux 60’s qui se retrouvaient trois fois dans le top 10, chantés par trois personnes différentes. Maintenant, dans le business musical, il y a la pression de la nouveauté, qui contraint les artistes à toujours faire des morceaux uniques. Moi, j’adore les reprises, je les collectionne.

Propos recueillis par

Lire notre critique de Raw.
Voir le site de Output (en construction) et le site de Source. On n’y parle pas de Sonovac, mais vous pouvez toujours aller y faire un tour…