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Chansons engagées, ambiance à la Shaft, pléthore de samples rigolos, production signée Mario Caldato jr (Beastie Boys, Beck) font de Vegas 76 le meilleur album de Silmarils à ce jour. Opinion partagée par les six protagonistes, rencontrés dans leur studio d’Ivry-sur-Seine.


Chronic’art : Vos premières impressions à chaud sur Vegas 76 ?

David Salsédo : C’est notre meilleur album. De loin. Mario Caldato jr nous a apporté sa complicité, mais, à la base, on a tout fait nous-mêmes ici. Vegas 76 représente bien l’année qu’on a passé dans notre nouveau studio, dans une ambiance très cool, sans prise de tête.

Il y a une énorme diversité de sons et de styles sur l’album.

David : On a toujours eu tendance à explorer, à ne pas vouloir rester coincés dans une formule. On s’est ouverts pour Vegas 76, tant au niveau des grooves qu’au niveau du choix des instruments.

Pourquoi ce titre, d’ailleurs ?

David : A cause d’Elvis qui nous a toujours fascinés. On pensait qu’il était mort en 1976 et ce titre était un hommage au King, qu’on respecte totalement ! En fait, il a cassé sa pipe en 1977 et on a l’air fin… Maintenant on se rattrape, en disant que cette année-là était sa meilleure période. Dans l’album, il y a un côté vieux funk un peu clinquant qui colle à la période. C’était avant la disco, Las Vegas était crado -un aspect qui nous plaît bien. Aujourd’hui, cette ville est devenue très propre, très américaine. On en a profité pour la visiter lorsque nous mixions l’album à Los Angeles.

Créer dans votre propre studio vous a changé la vie ?

David : Oui. On a appris à utiliser notre peu de matériel d’enregistrement, ce qui est assez marrant. On a beaucoup bricolé. Dès qu’on avait une idée, on l’enregistrait dans la semaine, on la gravait sur un petit CD et on se la mettait dans la voiture en boostant les basses, histoire de voir ce que ça donnait. Ca nous a permis aussi de ne pas nous égarer, en nous disant « on verra le résultat en studio, avec la production »… et à finir par sauver des morceaux. C’était notre spécialité. On n’avait jamais assez de chansons sur nos albums. Là, on en avait plutôt trop. Il a fallu à un certain moment qu’on s’arrête.

Et à la fin de l’enregistrement, vous êtes tous partis à Los Angeles…

En fait, j’étais fan de ce producteur depuis des années. C’était Mario Caldato jr ou rien ! On ne voyait personne d’autre que lui pour ce job. On a tenté le coup, envoyé une K7, mis du temps à le contacter, à avoir ne serait-ce qu’un numéro de téléphone. Et puis, alors qu’on ne s’y attendait plus, son avocate nous a rappelés pour nous informer qu’il aimait nos morceaux. C’était un peu surnaturel. Je suis parti en Ecosse voir un show des Beastie Boys à l’invitation de Mario. Il nous a retrouvés ensuite à Ivry, histoire de voir comment on bossait, et s’il fallait réenregistrer certaines choses. Au final, on a juste refait quelques parties de batterie. Fin octobre, on a mis tout ce petit monde dans l’avion et on s’est retrouvés sur Hollywood Boulevard un peu perdus. On était jet-laggés et déprimés. Le changement était trop brutal pour nous. On s’attendait à des tas de choses, mais pas à ce qu’on a vu au début. On flippait un peu. LA n’est pas une ville super sexy. Les premiers jours ont été très compliqués. Et puis tout s’est débloqué comme par magie. C’était peut-être lié aux filles.

Quelles filles ?

Euh, il n’y en avait pas tant que ça… Après, on a pris nos habitudes, on a eu des potes. On a croisé les mecs de Cypress Hill, Money Mark, toute cette bande, les gens qui ont bossé sur le dernier Beck, 1000 Clowns aussi. Ils passent tout leur temps ensemble. On ne sortait pas avec eux tous les soirs, mais on se voyait pas mal. C’était impressionnant, même s’ils étaient très cool. Alfredo Ortiz, le percussionniste des Beasties, a joué avec nous, leur clavier était là, mais plus pour la tournée des bars que pour bosser !

Vous êtes-vous impliqués dans la création de votre site Web ?

Complètement. On a rencontré un jour un mec à la fin d’un concert qui nous a proposé de monter un site. On avait mis sur pied le concept et il l’a concrétisé. On commence à avoir des retours, on a de vrais contacts avec le public. On répond aux mails des fans. Notre album y était en écoute un mois avant sa sortie. Comme nous finançons le site à 100 %, on a un contrôle total sur le contenu. C’est un peu notre organe de presse officiel.

Vous surfez ? (Rire général)

David : J’adore les chats, du genre pas basique. Cette nuit, j’en ai découvert un et j’ai rencontré une fille superbe. Enfin, elle écrit très bien.

Côme : C’est sûrement un monstre à trois bras avec une jambe de bois. Ou un robot !

David : A part ça, je consulte tout ce qui concerne la musique. Jimi télécharge des plug-in, des effets. On a fait beaucoup de choses sur l’album grâce à Internet. On a participé à Zikweb, avec Zegut sur RTL. Les gens nous parlaient en direct via la Toile, ça change les rapports. Il n’y a plus d’intermédiaires.

Vous vous décrivez comme un groupe engagé, politisé, avec une conscience. Qu’est-ce qui vous met en colère ?

David : C’est difficile à dire. On ne veut pas répondre comme tout le monde « le Front national ». On est tous d’accord sur ce point, c’est évident. Pour l’instant, je suis assez dubitatif sur le retour de Laurent Fabius au gouvernement. Je vois ça comme un énorme anachronisme.

Qui est visé sur Rock with it ?

Côme : Vivendi.

David : Alain de Greef. J’ai le sentiment que les ennemis ont changé d’uniforme. Ce ne sont plus nécessairement les fachos d’antan, les RPR et Cie. Les choses ont pris une tournure plus cynique : voir des mecs, à la base de gauche, devenir des pros du capitalisme et du lobbying, qui fricotent avec n’importe qui dans la politique… Enfin, c’est aussi à méditer pour nous. Au départ, Canal + représentait un souffle nouveau. Une télé montée par des gens cool, venus de la musique, un peu rigolos. C’est devenu la World Company.

Si vous êtes invités prochainement à NPA, vous irez ?

David : Oui. C’est le seul moyen de jouer live à la télé. Leur programmation n’est d’ailleurs pas archicommerciale. Je suppose qu’il y a une différence entre ceux qui s’en occupent et les pontes de Vivendi.

Propos recueillis par

Le site officiel de Silmarils vaut plus qu’un détour. A visiter !