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Shannon Wright, folk-singer américaine et égérie de Calexico, sort un album intense et électrique, mixé par Steve Albini, Dyed in the wool. Elle sera en tournée bientôt. Une expérience à ne pas manquer.

Après un premier essai en groupe infructueux (Crowsdell, un album chez Big cat), Shannon Wright a commencé sa carrière solo en 1998, en s’enfermant dans une ferme paumée de Caroline du Nord. Avec une guitare et un piano, elle compose un premier album lancinant et vaporeux, Flight satefy (Quatersticks/Touch and go), qu’elle enregistre accompagnée de complices talentueux, tels Sibel Firat, Joey Burns, Erci Bachman. Elle enchaîne ensuite les concerts avec Low, The Dirthy three, Pavement ou Giant Sand aux Etats Unis, qui lui assurent respect et reconnaissance du public indé. Suivra Maps of tacit, album intense principalement composé au piano, qu’elle utilise généralement comme instrument lead, fait assez rare dans le rock contemporain pour être souligné. Elle dit de cet instrument « Je joue du piano juste parce que j’adore ce damné instrument. Rien ne m’émeut plus. Le fait que la plupart des gens trouvent que le piano ne « rock » pas assez n’est pas une limitation pour moi ».

Sa notoriété confinée aux Etats-Unis se trouve plus tard gonflée par une tournée européenne en compagnie de Calexico. En première partie, elle chante de manière habitée ses complaintes barbelées, s’accompagnant d’une guitare et d’un Wurlitzer. « Je n’aime pas les performers qui se contentent de répéter leur album sur scène. Ils semblent contraints et encagés. J’aime la liberté de jouer live et de laisser aux morceaux la possibilité de se transformer au gré de l’humeur du public ou de l’interprète. ». Ses performances live sont extrêmement recommandables, tant pour la beauté des chansons que pour l’intensité de l’interprétation. Même si le caractère passionné de son chant et de sa gestuelle, le sentiment d’un trop plein d’émotions qui ne demande qu’à exploser, d’une sensibilité exacerbée et souffrante donne parfois un aspect pathétique et par trop expressif à ses performances. « Je ne fais que m’exprimer de la seule manière que je connaisse, sur disque ou sur scène. ». Effectivement, on peut aussi apprécier son engagement, quand beaucoup font de la musique comme du marketing.

Son nouvel album, Dyed in the wool, est mixépar Steve Albini. A la question « Que vous a apporté Steve Albini pour ce nouvel album ? », Shannon répond : « Confort, aise, et du fantastique café ». Shannon Wright y a diversifié son écriture, dans une voie plus rock : guitare électriques et grosses batteries, chansons déstructurées et tendues, oscillant entre une Cat Power psychopathe et du Blonde Redhead romantique (« Je n’écoute pas ces groupes »). Usant dans ses lyrics de la première personne du singulier, elle semble s’adresser directement à l’auditeur (« La musique est juste le moyen d’expression le plus honnête pour moi et l’auditeur »). Les textes sont très « écrits », presque incompréhensibles pour l’auditeur français lambda, et représentatifs de son goût pour la littérature et la poésie. « Je suis très enthousiasmée par la poésie. C’est une forme artistique qui tend à être mal perçue et incomprise ». Album complexe, Dyed in the wool a bénéficié des participations inspirées de : The rachel’s, Shipping news, The Glands, The Boxhead Ensemble, Edith Frost band, Lofty Pillars, Rock a teens, The Japancakes, Calexico, avec Andy Baker à l’enregistrement et Steve Albini au mix à Chicago. Shannon y libère ses joies et ses démons, entre la comptine enfantine et l' »accent fiévreux d’une folie pas tout à fait éteinte » (comme dit sa bio)

Plus généralement, su scène comme sur disque, Shannon Wright et sa musique figurent une dualité où l’exacerbation des contrastes et des affects prennet l’auditeur en d’incessants contre-pieds . Passant sans prévenir de passages très doux et intimes à de véritables furia électriques, ses chansons sont toutes en pics et en crevasses, jouant sur l’alternance des sentiments, doux ou violents, introspectifs ou exhibitionnistes, de façon limite schizophrène, entre paix et danger. « En ce moment, je crois que ça pivote entre la beauté et l’extrême laideur. J’essaie de trouver une balance entre ces deux états, car ils sont importants pour leurs survies réciproques ». On ira donc apprécier de visu ce Docteur Jekill et Mister Hyde du rock US, actuellement en tournée.

Lire notre chronique de Dyed in the wool