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Ecrivain ayant fait l’apologie du libertinage (cf. réédition du Regard froid), Roger Vailland reste un auteur méconnu. A son actif, pourtant, il laissa une œuvre singulière où se mêlent les thèmes de l’amour et du combat.


Loué par la gauche, admiré par la droite, compagnon de route des communistes, Roger Vailland fut un écrivain et un militant fascinant. Son goût très aristocratique de déplaire, en virtuose de la langue qu’il était, fit mouche. Sauf à considérer que l’on juge la qualité d’un homme au nombre de ses ennemis. Car sa crédulité devant le parti ne l’empêcha nullement d’écrire avec style (un style souvent emprunt d’une élégante ironie, comme le pratiquait le cardinal de Bernis ou Laclos, deux de ses maîtres). Sensible aux modes durant sa jeunesse (le surréalisme, le romantisme, et donc le communisme), il sut s’affranchir de la pesanteur du climat et des « écoles » serviles (nouveau roman, etc.) par sa désinvolture hautaine. Il n’en fallait pas plus pour rebuter les petits-bourgeois.

Gouvernée par le démon insatiable de l’érotisme, sa vie amoureuse lui permit de puiser dans chacune (?) des femmes qu’il rencontra son élan créateur. Quant à la pureté, il préféra la mettre dans ses livres. On pouvait leur rendre hommage plus maladroitement (en écrivant mal sur elles par exemple). Ce qu’on appelle communément l’élégance. Or, Roger Vailland sut les rendre attachante dans ses romans, par leur caractère entier, par leur volonté de peser sur les événements, sans qu’elles ne soient jamais dénuées de tendresse. Si ses romans (Beau masque, Un Jeune homme seul, Drôle de jeu, Les Mauvais coups) incluent des données purement circonstanciées -lutte militante, etc.-, ils n’en sont pas moins écrits sans doctrine apparente. Se moquant des concepts, il aima voir la philosophie en action. N’était-ce pas lui qui imaginait « de grandes fêtes, frivoles et délicates, des bergeries où les vraies bergères seraient toutes des reines ».

A lire :
Le Regard froid (Grasset, 249 p., 105 F)
Roger Vailland : Eloge de la singularité, de Christian Petr (Le Rocher, 198 p., 98 F)
Roger Vailland ou la liberté du regard froid, d’Yves Courrière (Plon, 954 p., 180 F)