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Membre du combo MHZ, RJD2 est aussi connu pour avoir remixé la crème de l’écurie Def Jux, à savoir Cannibal OX et Aesop Rock. Après avoir travaillé dans l’ombre de son groupe d’origine, ce jeune metteur en son de 26 ans parachute Dead ringer, un des opus les plus accessibles de l’écurie de Mister El-P. Présentation.

Chronic’art : Votre album est une des sorties Def Jux les plus médiatisées aux Etats-Unis et en Angleterre ? Comment l’expliquez-vous ?

RJD2 : Je pense que les gens attendent beaucoup de Def Jux maintenant, notamment grâce aux succès des albums The Cold vein et Labor days de [respectivement] Cannibal Ox et Aesop Rock. Il y a un gros buzz autour du label de El-P et les médias commencent à s’emballer. C’est peut-être une bonne chose…

Vous semblez en douter ?

Oui car il y avait le même buzz pour Rawkus il y a quelques années et on sait comment Rawkus a mal tourné. Mais je pense que EL-P sait où il met les pieds. Il a une bonne expérience en la matière, pour avoir été des deux côtés de la barrière, si je puis m’exprimer ainsi. Enfin, Def Jux n’a rien à voir avec Rawkus. C’est beaucoup plus une famille qu’un label. Et puis surtout, Definitive Jux est totalement indépendant, personne ne vient nous faire chier avec des histoires d’investissement sur tel ou tel artiste, tel ou tel produit à mettre en avant et toute cette sorte de merde…

Le son de Dead ringer est assez « uniforme », contrairement aux productions que vous avez réalisées aux côtés de Camu Tao et Copywrite pour MHZ. Vous avez bossé sur une seule machine, une MPC non ?

Exact (rires). J’ai entièrement bossé sur MPC 2000 XL. Tout l’album a été fait sur MPC, sauf les interventions des Mc’s Copywrite, Blueprint et Jakki bien sûr (rires). Tout vient de mon cerveau et de mes mains.

Votre album laisse à penser que vous être assez ouvert au niveau musical, vous écoutez pas mal de rock ?

(rires) C’est vrai, j’adore Nick Drake, Radiohead, Mc Lusky, White Stripes, Coldplay. J’écoute aussi pas mal de R&B, des trucs comme Musiq Soulchild et D’Angelo.

Avez-vous eu une liberté totale pour la réalisation de Dead ringer ?

Oui , tout ça s’est fait de façon naturelle. El-P m’a demandé si j’étais ok pour sortir un EP. Et puis au fil des écoutes, il était de plus en plus chaud pour sortir un album complet. Chez Def Jux, c’est vraiment totalement libre au niveau des choix artistique. C’est bon et on signe ou c’est mauvais et tu rentres chez toi pour rebosser sur tes sons…
Dead ringer est un album qui sonne parfois « grand public », totalement à l’opposé de l’album Table scraps de MHZ… C’est assez surprenant à la première écoute, surtout pour ceux qui connaissent votre boulot antérieur… Est-ce que vous ne vous sentez pas un peu à part, un peu hors jeu peut-être vis à vis de Cannibal OX, Mr Lif et Aesop Rock par exemples ?

Non, mais je vois ce que vous voulez dire. En fait, j’ai fait pas mal de boulot en collaboration avec Can Ox et Aesop Rock, des remixes par exemples. Mais c’est un tout autre boulot. Lorsque je bosse avec MHZ, c’est un travail d’équipe aussi. On se concerte et on choisit ensemble les sons, les beats et la façon de bosser. Dead ringer est mon bébé. J’ai tout fait de A à Z. C’est ma première composition personnelle. Le côté accessible n’est pas une mauvaise chose pour moi. Je ne prends pas vos remarques pour une critique négative. Je pense posséder un son et j’ai développé cet esprit sur Dead ringer, j’ai essayé de pousser à fond ma touche personnelle. Et puis n’oublions pas que Can Ox et Aesop sont des rappeurs, moi je fais des instrumentaux. Quant à Table scraps, je trouve que c’est un album terriblement bon, mais la prod est vraiment de faible qualité. J’en suis pourtant très fier, mais aujourd’hui je passe à autre chose…

Vous ne semblez pas autant impliqué dans la politique que Mr Lif, Can Ox ou encore El-P, qui ont tous sortis des pamphlets assez critique envers le gouvernement des Etats-Unis ?

En fait, je m’intéresse à la politique, mais je n’ai jamais voulu mélanger ma musique et mes opinions politiques. Je me sers de ma musique pour laisser mon esprit voyager. Quand Mr Lif rappe sur Home of the braves ou que El-P balance son flow sur Patriotism, je me sens totalement proche d’eux et j’ai des idées qui se rapprochent de leurs propos. Seulement, je ne me sens pas obligé de mettre de la politique dans mon art. Je n’aime pas mélanger l’art et la politique. Ma musique est une échappatoire, aussi bien pour moi que pour l’auditeur, enfin c’est ce que je veux. Je pense qu’on peut qualifier ma musique comme quelque chose de doux-amer. Elle reflète ma personnalité et mes illusions, mes volontés et mes velléités. J’aime bien parler de politique mais je n’en fais pas et surtout, je ne veux pas qu’elle s’immisce dans mon art. J’ai envie d’écouter Nick Drake, de regarder le ciel en pensant à autre chose qu’aux guerres ou au désordre politique. Bref, je veux faire ma musique, et surtout, qu’on me foute la paix.

Propos recueillis Par

Lire notre chronique de Dead ringer