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Depuis ses débuts, le Festival Films de Femmes est un combat ; un combat pour que les femmes aient de plus en plus accès aux manettes du 7e art. En France, en Europe, un long chemin a été parcouru, mais ailleurs la lutte est encore loin d’avoir abouti à des résultats concrets.

Cette année, à côté de la compétition et d’une rétrospective célébrant les réalisatrices de la Méditerranée, un coup de projecteur a permis de rendre hommage aux chefs-opératrices. Ces femmes de l’ombre, qui se définissent comme des « hystériques » (Nurith Aviv) ou des « caméléons » (Agnès Godard) tant elles se fondent à chaque tournage dans l’univers de leur réalisateur.
La direction de la photo, un métier technique -domaine masculin réservé s’il en est- est ouvert aux femmes depuis les années 70. En France, les pionnières se nomment Nurith Aviv (chef-op d’Agnès Varda, René Allio ou Amos Gitaï) et Agnès Godard (chef-op de Claire Denis ou Noémie Lvovski). Présentes parmi d’autres à Créteil lors du forum « Les chefs-opératrices, une esthétique du regard », elles définissent leur métier comme un véritable artisanat. Pour Agnès Godard, « il faut avoir l’ambition de trouver la seule façon possible dont le film doit être fait ». Selon Nurith Aviv, qui plus elle avance, plus elle se sent ignorante, il faut « chercher toujours et encore ». Finalement, c’est Tessa Racine (assistante de Nestor Almendros, directeur photo de François Truffaut, chef-op elle-même depuis peu) qui résume ce que toutes les participantes pensent : « si j’ai réussi à traduire l’univers du réalisateur, l’image qu’il avait dans la tête, c’est bien ».

Douaniers du réel

En effet, le travail du chef-opérateur est principalement de rendre réelle l’idée du film, ce que souligne Caroline Champetier (elle a travaillé avec Godard, Doillon, Rivette, Jacquot, Garrel…) : « Nous, le concret, on est vraiment obligées de faire avec… il faut faire contre mauvaise fortune bonne image. Et c’est à partir de nous que la frontière du réel change. Le directeur de la photo est ce douanier du réel qui va faire que cet imaginaire, ces années parfois de réflexion deviennent des images en mouvement ! » Autre question abordée lors du débat, l’arrivée du numérique que ce soit au tournage (caméras numériques) ou au montage (post-production numérique). Le cri d’une réalisatrice dans le public, « moi je suis perdue, l’image je ne sais plus d’où elle vient ! », fait vivement réagir Caroline Champetier : « Cette question du numérique est là, c’est bien de se la poser, c’est bien que le public se la pose mais ce serait bien aussi que les critiques se la posent. Je trouve que l’on voit fort peu de critiques où la matière de l’image, la lumière, le cadre, toutes ces choses physiques qui font un film sont prises en compte… Si les critiques pouvaient reprendre ce regard et ce flambeau et bien, merci pour nous !… car c’est comme ça aussi que l’image continuera d’exister au cinéma « . A bon entendeur…

Palmarès (repris au Cinéma des Cinéastes le 7 avril à 20h et 22h) :

Grand Prix du jury – Meilleur long métrage fiction
Sept chants de la Toundra d’Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio (Finlande)

Prix du jury Canal + – Meilleur court métrage
El infanticida de Pilar Ruiz Guttierez (Espagne)

Prix du jury Graine de cinéphage – Meilleur long métrage fiction de la section
But I’m a cheerleader de Jamie Babbit (Etats-Unis)

Prix du jury AFJ (Association des femmes journalistes) – Meilleur long métrage documentaire
Shadow boxers de Katia Bankowski (Etats-Unis)

Prix du jury de l’université Paris XII – Meilleur court métrage européen
Lalia de Sylvia Munt (Espagne)

Prix de l’Association Beaumarchais – Meilleur court métrage francophone
Angoisse de Blanca Li (France)

Prix du public – Meilleur long métrage fiction
But I’m a cheerleader de Jamie Babbit (Etats-Unis)

Meilleur long métrage documentaire
Debout de Carole Roussopoulos (France/Suisse)

Meilleur court métrage français
Angoisse de Blanca Li (France)

Meilleur court métrage étranger
El Beso de la tierra de Lucinda Torre (Espagne)

Le Jury 2000 :
Emmanuelle Devos, présidente, Enki Bilal, Pierre Bongiovanni, Kirsi Kinnunen et Dominique Welinski

Vous pouvez consulter des extraits du festival en vidéo sur Canal Web et la Citoyenne TV.